Rentrant de vacances outre-Atlantique, je suis vite “remise dans le bain”. Parmi les dhimmicrétineries européennes récentes qui m’ont fait bondir, il y a celle de la compagnie aérienne hollandaise KLM (faire changer un passager de place parce que sa voisine voilée ne supporte pas une présence masculine étrangère à ses côtés, fallait oser, non?), il y a l’annonce (oh, discrète, très très discrète, et adoucie… ” peut-être un jeu de gamins” !!!) de la bombinette posée en février dernier par trois “jeunes” dans la station de métro Montgomery à Bruxelles (il se fait que j’y passe souvent, et que j’ai souvenir de ce jour où la station grouillait de flic de manière inexpliquée; c’est sans doute pour ça que cette “blague” a décidément du mal à me faire rire), et finalement… ben rien de très neuf, juste une piqûre de rappel dans l’International Herald Tribune ce matin (article traduit ci-dessous), histoire de me rappeler que les sous de nos impôts servent directement à alimenter nos ennemis. Ici, à Bruxelles.

Je crois bien que je vais tenter ma chance à la prochaine Diversity Visa Lottery – avant que les Belges ne soient retiré de la liste des pays participants, grâce à des “compatriotes” comme Malika [Merci la pub! “Belgique, ses chocolats, ses bières, ses mudjahida…” :^( ]

NB: entre le moment où j’ai commencé à traduire le texte de l’article ci-dessous, et celui où, une fois rentrée chez moi, j’ai terminé de le documenter pour le publier, je m’aperçois que Bivouac-ID m’a grillée au poteau sur le sujet. Tant pis, ou plutôt tant mieux, le sujet est important et mérite large diffusion ! ;^)

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Une Belge combat pour Al-Qaïda sur la Toile

Par Elaine Sciolino et Souad Mekhennet

International Herald Tribune, mardi 27 mai 2008

BRUXELLES: Dans la rue, Malika El Aroud est anonyme, enveloppée d’un voile islamique noir qui couvre tout sauf ses yeux.

Dans son salon, El Aroud, une Belge de 48 ans, arbore l’apparence ordinaire d’une femme entre deux âges: un simple T-shirt noir, un pantalon, et des cheveux bruns bouclés. Pour seule ornement, une paire de pantoufles bleu pastel ornées de lettres dorées épelant le mot SEXY.

Mais c’est sur Internet qu’El Aroud se distingue. Écrivant en français sous le pseudonyme d’Oum Obeyda, elle y est devenue l’une des cyber-jihadistes les plus célèbres d’Europe.

Elle se décrit elle-même comme une femme-soldat de la guerre sainte menée par Al-Qaïda. Elle insiste sur le fait qu’elle ne donne pas d’instructions sur la façon de fabriquer des bombes et qu’elle n’a pas l’intention de prendre elle-même les armes. Au lieu de cela, elle exhorte les hommes musulmans à aller se battre, et rallie les femmes à rejoindre la cause.

« Ce n’est pas mon rôle de faire détonner des bombes – c’est ridicule », dit-elle dans une interview exceptionnelle. « J’ai une arme, c’est d’écrire. C’est mon jihad. On peut faire beaucoup avec des mots. L’écriture aussi est une bombe.”

El Aroud ne s’est pas seulement rendue célèbre parmi les adeptes des fora extrémistes dans lesquelles elle diffuse son message de haine envers l’Occident. Elle est également bien connue des services de renseignement dans toute l’Europe – son prénom seul suffit à la désigner, Malika est une islamiste à l’avant-garde de ce mouvement féminin qui se fait une place dans le jihad mondial, dominé jusqu’ici par les hommes.

Les autorités ont noté l’augmentation du nombre d’attentats-suicides menés par des femmes – les militaires américains rapportent qu’en 2008, 18 femmes ont conduit des missions-suicides en Irak jusqu’ici, contre 8 sur l’ensemble de l’année dernière – mais elles savent qu’il y a également toute une armée féminine, moins violente mais potentiellement plus insidieuse, qui oeuvre à organiser, galvaniser, enseigner, traduire et lever des fonds, des femmes qui s’engagent dans le combat avec leur mari ou qui les remplacent lorsque les hommes sont emprisonnés ou tués.

« Les femmes sont mûres pour le jihad et font leur entrée dans un monde qui était jusqu’alors réservé aux hommes », explique Claude Moniquet, président de l’European Strategic Intelligence & Security Center basé à Bruxelles. « Malika est un modèle, une icône qui est assez culottée pour employer son vrai nom. Elle joue un rôle stratégique très important, en tant que source d’inspiration. Elle est très intelligente – et extrêmement dangereuse. »

L’ascension d’El Aroud vers la célébrité démarre avec un des hommes de sa vie. Deux jours avant les attaques du 11 septembre 2001, agissant sur ordre d’Oussama Ben Laden, son époux commet en Afghanistan l’attentat à la bombe qui coûte la vie au chef anti-talibans Ahmed Shah Massoud. Son mari est tué dans l’opération et, veuve de martyr, elle se met à fréquenter Internet.

Elle se remarie, et le nouveau couple est bientôt condamné en Suisse pour y avoir géré des sites internet pro-Al-Qaïda. A l’heure actuelle, selon les autorités belges, elle est l’un des suspects dans ce que les autorités pensent être un complot visant à mener une attaque en Belgique.

« Le Vietnam n’est rien comparé à ce qui vous attends dans nos pays », écrivait-elle en mars dernier, parlant de la guerre en Irak et en Afghanistan et s’adressant à un public que l’on suppose occidental. « Demandez à vos mères, à vos sœurs de commander vos cercueils. » À l’intention de ses partisans, elle ajoutait : « La Victoire pointe à l’horizon, mes frères et mes sœurs. Redoublons nos prières. »

Ses écrits prolifiques et sa présence dans les chat rooms, couplés à ses antécédents, lui attirent louanges et sympathie. « Sœur Oum Obeyda est vertueuse parmi les vertueuses ; sa vie est dédiée à ce qu’il y a de bon sur cette terre », écrivait l’an dernier un dénommé Juba.

La montée en puissance des femmes se déroule sur fond de misogynie islamiste. Mohamed Atta, le pirate de l’air du 11 septembre, spécifiait dans son testament que « les femmes ne devaient pas assister à [ses] funérailles ni venir sur [sa] tombe ultérieurement ». Le mois dernier, Ayman al-Zawahiri, second d’Al-Qaïda, expliquait dans une session de questions et réponses en ligne que les femmes ne pouvaient pas devenir membre d’Al-Qaïda.

D’après l’organisme de surveillance SITE, une femme réagit à cela en écrivant sur un site web extrémiste privé : « la réponse que nous avons eue n’est pas celle que nous avions souhaité », ajoutant « Je jure devant Dieu que je ne quitterai jamais le sentier et n’abandonnerai pas cette route. »

Le changement de rôle des femmes dans le mouvement est particulièrement visible dans les pays occidentaux, où les femmes musulmanes ont été éduquées à revendiquer leurs droits et où les hommes musulmans sont plus habitués à les traiter en égales.

El Aroud reflète cette tendance. « Normalement en Islam les hommes sont plus forts que les femmes, mais je prouve que l’important est de craindre Dieu – et nul autre », dit-elle. « C’est important que je sois une femme. Il y a des hommes qui ne veulent pas s’exprimer parce qu’ils craignent de s’attirer des ennuis. Même lorsque cela me vaut des ennuis, je m’exprime. »

Après tout, dit-elle, elle connaît les règles. « J’écris de manière à rester dans les limites légales», dit-elle. « Je sais ce que je fais. Je suis belge. Je connais le système. »

Ce système a souvent été clément pour elle. Récemment, en décembre dernier, elle était arrêtée ainsi que 13 autres personnes ; on les suspectait de conspirer pour faire s’échapper un terroriste condamné à la prison et pour monter une attaque à Bruxelles. Mais la loi belge exigea leur remise en liberté au bout de 24 heures, aucune accusation n’ayant pu être formulée et les recherches ayant échoué à produire armes, explosifs ou document incriminant.

Aujourd’hui, alors même qu’El Aroud reste sous surveillance constante, elle est chez elle à rallier les militants via son site web – et à collecter au passage plus de 650€ d’allocations de chômage par mois.

« Son jihad, ce n’est pas de mener une opération, mais d’inspirer d’autres à faire le jihad », explique Glenn Audenaert, directeur des forces de police fédérales belges. « Elle profite de la protection que lui offre la Belgique. Et simultanément elle représente une menace potentielle. »

Née au Maroc et élevée en Belgique depuis un âge tendre, El Aroud ne semblait pas destinée au jihad.

En grandissant, elle s’est rebellée contre son éducation musulmane, consigne-t-elle dans une biographie. Son premier mariage, à 18 ans, fut bref et malheureux ; elle eut par la suite une fille, née hors des liens du mariage.

Elle lisait alors pas l’arabe, mais sa découverte du Coran en français la conduisit à embrasser une version stricte de l’islam et, finalement, à épouser Abdessatar Dahmane, un Tunisien partisan d’Oussama Ben Laden.

Impatiente de se trouver sur le champ de bataille, elle espérait combattre en Tchétchénie aux côtés de son époux. Mais les Tchétchènes « ne voulaient que des hommes expérimentés, super-bien entraînés », explique-t-elle. « Ils voulaient encore moins de femmes ». En 2001, elle suit son mari en Afghanistan. Tandis qu’il s’entraîne dans un camp d’Al-Qaïda, on l’installe dans un camp pour étrangères à Jalalabad.

Pour elle, les Talibans furent un gouvernement islamique exemplaire ; ce qu’on dit du mauvais traitement qu’ils infligèrent aux femmes n’est pas vrai. « Les femmes n’avaient pas de problème sous les Talibans », insiste-t-elle. « Elles connaissaient la sécurité. »

Sa seule révolte fut contre la bourka, l’embarrassant vêtement que les Talibans imposaient aux femmes, et qu’elle qualifie de « sac plastique ». En tant qu’étrangère, elle fut autorisée à lui substituer un long voile noir.

Après la mission de son époux, El Aroud fut brièvement détenue par les partisans de Massoud. Alarmée, elle se mit en contact avec les autorités belges, qui arrangèrent son retour à la maison.

« Nous l’avons fait sortir de là et nous pensions qu’elle coopérerait avec nous », explique un dirigeant des services de renseignement belges. « Nous avons été trompés ».

Le juge Jean-Louis Bruguière, qui était à l’époque le magistrat en charge de la lutte anti-terroriste en France, a interrogé El Aroud – les enquêteurs soupçonnaient qu’elle ait expédié du matériel électronique à son mari, matériel utilisé pour l’assassinat de Massoud. « Elle est très radicale, très rusée et très dangereuse », en dit-il.

En Belgique, El Aroud fut jugée pour complicité dans l’affaire du meurtre de Massoud, en compagnie de 22 autres personnes. Veuve voilée de noire, toute à son deuil, elle persuada le tribunal qu’elle n’avait effectué en Afghanistan que du travail humanitaire et ne savait rien des plans de son époux. Elle fut acquittée, par manque de preuves.

La mort de son mari la propulsa toutefois dans une nouvelle vie. « La veuve d’un martyr est très importante pour les Musulmans », dit-elle.

Elle fit usage de sa notoriété pour faire la connaissance de ses nouveaux « frères et soeurs » sur la Toile. L’un d’entre eux était Moez Garsalloui, un Tunisien de plusieurs années son cadet qui avait obtenu le statut de réfugié politique en Suisse. Ils se marièrent et s’installèrent dans un petit village suisse. De là, ils dirigèrent plusieurs fora et sites web pro-Al-Qaïda, qui firent l’objet de surveillance de la part des autorités helvétiques dans le cadre de la première affaire de cyber-criminalité enregistrée dans le pays.

Suite à une descente de police chez eux un petit matin de printemps 2005 et à leur arrestation, El Aroud décrivit en long et en large la « maltraitance » dont ils furent victimes.

« Voyez ce que ce pays qui se veut neutre nous a fait subir », écrit-elle, affirmant que la police suisse a battu son mari, les yeux bandés, et l’a malmenée elle, alors qu’elle était encore au lit, dévoilée.

Reconnue coupable en juin dernier d’avoir incité à la violence et d’avoir soutenu une organisation criminelle, elle fit l’objet d’une sentence de six mois avec sursis. Garsalloui, inculpé de charges plus graves, fut libéré au bout de 23 jours.

En dépit de l’importance d’El Aroud, c’est à nouveau en son époux que les autorités virent la plus grande menace. Elles soupçonnent qu’il était en train de recruter pour commettre des attentats pendant la période des fêtes, en décembre dernier, et qu’il n’ait eu des contacts avec des groupes terroristes opérant dans les régions tribales du Pakistan.

Les autorités disent avoir perdu sa trace peu après sa libération l’an dernier en Suisse. « Il est en voyage », répond laconiquement El Aroud lorsqu’on lui demande ce qu’il en est de son mari. « En voyage. »

Entre-temps, sa renommée s’est encore accrue, du fait des brimades qu’elle affirme avoir subi de la part des Suisses. Le site web La voix des Opprimés la décrit ainsi comme « notre moujaahida du 21ème siècle ».

Les derniers démêlés d’El Aroud avec la justice indiquent une implication plus marquée des femmes dans les activités terroristes. En décembre dernier, lors de la détention des individus soupçonnés de comploter pour libérer Nizar Trabelsi, un ex-joueur professionnel de football reconnu coupable de terrorisme, El Aroud n’était que l’une des trois femmes emmenées pour interrogatoire.

Bien que l’identité des détenus n’ait pas été rendue publique, les autorités belges et les personnes familières de l’affaire ont affirmé que se trouvaient parmi eux l’épouse de Trabelsi et Fatima Aberkan, une femme de 47 ans, mère de sept enfants et amie d’El Aroud.

« Malika est une source d’inspiration pour les femmes, parce qu’elle dit aux femmes de se réveiller et d’ouvrir les yeux », dit Aberkan.

El Aroud opère depuis son appartement trois pièces situé au-dessus d’un magasin de vêtements dans un quartier populaire bruxellois, où elle passe son temps à communiquer avec ses partisans sur son forum principal, Minbar-SOS.

Bien qu’elle soutienne ne pas enfreindre la loi, elle sait que la police veille. Et elle explique que si les autorités trouvaient le moyen de la mettre en prison, « ce serait super. Ils feraient de moi une martyre vivante. »

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