J’étais il y a peu en Grande-Bretagne, et suis tombée sur cette bande-annonce à la télé.

L’ayant trouvée pour le moins puissante, j’ai décidé de me procurer les émissions diffusées… Las, à lire cette chronique de Roy Liddle dans le Spectator, traduite ci-dessous pour vous, je crains bien de ne pas apprécier beaucoup l’optique choisie par la Beebs…

La « White Season » ne montre qu’une chose: que la BBC ne change guère…

Par Roy Liddle, 13 mars 2008. Traduction: pistache.

J’espère que vous appréciez la « White Season » [1] offerte par la BBC – une expérience courageuse et révolutionnaire menée par la chaîne, qui consacre ainsi 0.003 pour cent de son temps d’antenne à une question préoccupant 92 pour cent des gens qui la financent. L’un des idiots en chef chargé des commandes de programmes de la BBC, Richard Klein, a admis que les blancs – si si, il en voit parfois – ont été négligées par la chaîne, et en particulier ceux de la classe ouvrière. Notez bien, c’est sans doute difficile de tenir compte d’une tranche si cachée, si réservée de la population, qui vit probablement sous terre et ne se risque à en sortir que pour aller se saouler et proférer des insultes racistes à l’encontre des passants. Mais au moins la BBC aura-t-elle essayé de comprendre ces affreuses personnes et de leur montrer qu’elles se fourvoient.

L’un des films de la « White season » s’intéressait une jeune blanche (autrement dit une Anglaise) grandissant dans une région d’Angleterre fortement peuplée par des immigrés musulmans en provenance du sous-continent indien. La BBC ne s’est pas abstenue de traiter la question de l’immigration par le passé, naturellement. Elle possède d’ailleurs un fort grand et fort coûteux service dont la mission est d’indiquer aux commentateurs et journalistes la façon précise de traiter les tensions occasionnées par les minorités ethniques qui prennent pied dans des secteurs traditionnellement blancs. Les commentateurs doivent systématiquement s’afficher du côté des communautés immigrées, plutôt que de celui des indigènes racistes. Les politiciens qui essayent de prendre la défense des blancs doivent être renvoyés dans les cordes, et leurs arguments ridiculisés. Pardonnez-moi si cela semble simplificateur, mais c’est ainsi que l’on ressentait les choses à l’époque où je travaillais pour la BBC [2].

Mais peut-être les choses ont-elles changées. Des choses considérées comme comme inadmissiblement racistes il y a seulement trois ans sont aujourd’hui ouvertement proférées par le patron de la Commission pour l’Égalité et les Droits de l’Homme et par les parlementaires travaillistes de certains quartiers déshérités. Le multiculturalisme n’est plus un paradigme incontestable ; il ne marche plus. C’est en partie dû au succès de ces politiciens qui ont osé défendre les intérêts de la classe ouvrière blanche : le British National Party détient maintenant une dizaine de sièges au conseil municipal de Barking et Dagenham [3]. La classe politique a vu qu’une révolution tranquille se profilait à l’horizon et a effectué un virage à 90 degrés à droite. De nos jours, Jack Straw [4] peut vous dire qu’il insiste pour que les femmes qui viennent le consulter enlèvent leur hijab, parce qu’il n’apprécie guère ce voile. Il y a cinq ans, il aurait été désavoué par son parti; aujourd’hui, on dit qu’il « ouvre un débat concret et important ». Il y a cinq ans d’ici, même le BNP n’aurait pas été si rustaud. Même un politicien du Club du Lundi [5] y aurait réfléchi à deux fois avant de dire une chose pareille.

Nous avons donc droit à la « Saison Blanche » de la BBC, qui navigue dans le sillage de ce changement de paradigme. Ou du moins qui prétend le faire. Ce film qui suivait une jeune blanche vivant dans le nord de l’Angleterre se termine par le happy ending suivant: elle se convertit à l’islam, y convertit aussi sa mère, et toutes deux font leurs adieux à leur père et époux, un patriarche chrétien blanc et violent.

Pour une tentative destinée à se concilier les bonnes grâces de cette classe ouvrière blanche destituée et négligée, ça semble être un peu à côté de la plaque. Ce n’est pas montrer le monde du point de vue de la classe ouvrière blanche, n’est-ce pas? Ce serait plutôt le voir avec la perspective du Conseil musulman de la Grande-Bretagne (MCB) – ce qui n’est pas un mal en soi, mais simplement qui mettra encore un peu plus en colère ces blancs des classes défavorisées qui ont l’impression que la BBC se contrefiche complètement de leurs doléances.

Il y avait également un autre film, s’intéressant lui à la classe ouvrière blanche de Barking et expliquant qu’en gros, le problème ne serait qu’une question de générations – que les jeunes blancs se mélangent volontiers aux jeunes de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et qu’il n’y a que la génération précédente, imbécile et arriérée, qui entretienne des opinions racistes ou amères sur l’immigration. Est-ce vraiment dépeindre fidèlement la situation?

Il me semble à moi que, dans les deux cas, il s’agit surtout d’un tableau montrant les choses comme la BBC voudrait ardemment qu’elles soient ; c’est un point de vue de bobos, de gens appartenant à la gauche caviar – ceux-là mêmes, se trouve-t-il, qui nous ont imposé ce néfaste credo multiculturaliste qui a maintenant du plomb dans l’aile. Si on avait confié au MCB la mission de concevoir une série de programmes mettant en évidence les problèmes des blancs de la classe ouvrière en Grande-Bretagne, il aurait certainement montré une plus grande sensibilité que la BBC ne l’a fait.

Tout est dans le titre de la série, « White Season », comme si une fois ces programmes diffusés – accompagnés, comme il se doit, de messages inspirateurs pour l’untermensch, tel que « convertis-toi à l’islam » et « sois l’ami de tous », la chaîne pouvait repasser à autre chose. Se re-consacrer à des émissions n’ayant absolument aucune pertinence pour les blancs de la classe ouvrière, ces gens grossiers et leur horribles opinions, leur tabagisme et leurs beuveries continuelles.

C’est cela, plus que n’importe quel parti pris politique, qui mine la BBC. Elle est, pour parodier les propos de son ancien directeur général Greg Dyke [6], affreusement nombriliste – affreusement centrée sur la classe moyenne et sur Londres. Affreusement raffinée – ce qui veut dire, en termes compréhensibles pour le commun des mortels, affreusement gauchiste. Mais bien plus encore que tout ceci, affreusement arrogante.

Lorsque ces programmes ont été commandés et que les cadres de BBC se sont rassemblés pour en discuter le contenu, c’est indubitablement parce qu’ils avaient respiré l’air du temps – « Les gars, nous devons vraiment faire un truc sur ces méprisables individus qui vivent dans le nord et qui, bizarrement, ont l’impression d’être délaissés, aliénés ». Mais ils se sont montrés singulièrement incapables de passer commande d’une émission qui aurait montré que ces gens pourraient bien avoir quelques griefs légitimes. Ç’aurait été aller trop loin.

Au lieu de cela, ils ont produit un tas de programmes proclamant : « Vous, blancs de la classe ouvrière, sachez que nous compatissons à votre souffrance, mais malheureusement vous avez tort. » En d’autres mots, ils ont précisément fait preuve de la même mentalité que celle qui infecte chaque bulletin d’informations, chaque documentaire et chaque fiction que nous avons pu voir à la BBC ces vingt dernières années. Pouvez-vous les imaginer passer commande d’un film qui traiterait du cas d’une jeune musulmane convertie au christianisme, qui y convertirait également sa maman, et dont le dénouement prouverait qu’elle a eu raison d’agir ainsi? C’est une chose qu’on ne verra jamais.

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[1] La « White Season » consistait en une série de programmes diffusés sur la chaîne de télévision BBC2, du 7 au 14 mars 2008, autour du thème: « Le monde de la classe ouvrière blanche de Grande-Bretagne est-il en train de disparaître ?»

[2] De 1998 à 2002, l’auteur de ce texte fut rédacteur-en-chef du « Today Programme », l’une des émissions d’information les plus populaires outre-Manche, diffusée par la BBC Radio 4.

[3] Un district du grand Londres.

[4] Jack Straw est un homme politique travailliste qui a occupé différentes fonctions dans le gouvernement de Tony Blair. Il est actuellement lord chancelier et secrétaire à la Justice dans le cabinet de Gordon Brown.

[5] Le « Monday Club » est un lobby de droite, fondé dans les années 60 par des membres du parti conservateur qui n’appréciaient guère le rapprochement de leur parti avec des positions centristes voire gauchistes.

[6] En 2001, Greg Dyke, alors directeur général de la BBC, décrivit la BBC comme « affreusement blanche » et entreprit d’y augmenter le nombre d’employés issus de « minorités ethniques ».