Petite traduction néerlandais-français (pour changer) d’un article paru la semaine dernière dans l’hebdomadaire flamand Knack (c’est un journal que l’on peut comparer, toutes proportions gardées, à L’Express français ou au TIME magazine américain). Ce n’est pas qu’il renferme vraiment un scoop, mais l’importance me semble être dans le fait qu’il ait paru dans un tel journal ; je crains que l’on ne voie pas le pendant de ce texte dans la presse francophone du pays avant un certain temps.

Il paraît que l’auteur interviewé, A. Van Amerongen, l’a aussi été sur la chaîne bruxelloise flamande, et qu’il y a tenu des propos encore plus explosifs – « Ils nous haïssent. Ils haïssent la culture chrétienne », « Ceux qui nous parlent d’une petite minorité sont des hypocrites », « Ils doivent s’adapter ou quitter le pays » … – voir ici. J’aimerais voir cette interview pour me faire mon idée par moi-même, malheureusement la page qui permet de visionner la chaîne en ligne ne semble pas fonctionner correctement pour le moment.

PS: Mon néerlandais étant très rouilllé, j’espère ne pas avoir commis d’erreur (si vous en remarquiez, merci de m’en avertir!).

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“Un attentat à Bruxelles, ce n’est qu’une question de temps”
Knack, 08/08/2007; traduction: pistache

Arthur Van Amerongen a été correspondant de guerre au Moyen-Orient pendant de nombreuses années. Il a passé l’année dernière au sein de la communauté musulmane de Bruxelles. Son livre BXL EURABIA est tout aussi alarmant qu’hallucinant.

En 2006, Arthur van Amerongen a remporté le Prix du Journalisme néerlandais pour un article impartial consacré aux Marocains dans Het Parool. En 2005, il partagea avec Rob Muntz la récompense du Micro d’Argent pour l’émission radio De inburgerking [Le roi de l’intégration], diffusée sur VPRO, et elle aussi consacrée aux Marocains. Cette communauté sensible l’a toujours tenu à coeur.

Après s’être installé à Bruxelles, il a constaté que les perspectives s’y assombrissaient. D’ici quelque mois « BXL EURABIA », un livre étonnant et lucide, paraîtra chez l’éditeur Atlas. Juste avant le départ de Van Amerongen pour l’Amérique du Sud, où il devrait vivre quelques années, Knack a eu la chance de pouvoir jeter un oeil au manuscrit et organiser une rencontre sur une terrasse de Flandre. L’auteur réfléchit, pèse ses mots, les adoucit, et ne laisse rien en suspens.

Dans Het Parool, vous écriviez que vous appréciiez la communauté marocaine, en dépit du lâche assassinat de Théo Van Gogh. Après une grosse année passée à infiltrer le monde musulman bruxellois, vous écrivez que vous ne pouvez plus supporter la majorité des Marocains. Que s’est-il passé?

A. Van Amerongen: Maintenant que j’ai quitté Bruxelles et commencé à prendre suffisamment de recul avec mon sujet, ma capacité à relativiser revient également. De plus, il y a quelques incidents qui se sont produits lors de mon dernier séjour à Bruxelles qui m’ont marqués. J’ai été molesté par un groupe de Marocains dans la Rue Haute, après qu’ils aient traité ma compagne de pute et que je leur aie rétorqué « Ta soeur! ». J’ai aussi essuyé un ou deux vols. C’est ainsi que mon sentiment de nuance a peu à peu disparu.

J’ai eu de toute manière énormément de difficulté avec la morale à deux vitesses de leur culture: il y d’un côté la vénération fanatique de leur moralité sublime et de la supériorité de l’islam, et de l’autre côté un mépris croissant pour les valeurs libérales qui sont les nôtres aujourd’hui. Il y a une sorte de non-respect de la loi qui s’est développé chez les Marocains parce qu’ils méprisent notre culture. Nos femmes sont toutes des putes. Chez les Marocains, l’honneur de la femme est censé être protégé au plus haut point. Ils cherche aussi continuellement à savoir jusqu’où ils peuvent aller. Leur attitude est souvent provocante.

Les Marocains de Bruxelles sont très influencés par le jihad. Cette pression est-elle donc vraiment tellement plus grande qu’à Amsterdam?

A. Van Amerongen: Un certain groupe de jeunes musulmans est fasciné par le jihad. Je pense bien que Bruxelles est une bombe à retardement. Les Marocains y sont totalement marginalisés [*]. Regardez les statistiques du chômage, de la pauvreté, des logements insalubres, de la discrimination sur le marché du travail, de la criminalité. Je pense que les Marocains des Pays-Bas, plus encore ceux d’Amsterdam, s’en sortent un peu mieux que ceux de Molenbeek. L’islam est l’unique consolation de beaucoup de jeunes. J’ai assisté à d’innombrables conférences tenues dans les petites salles d’associations islamiques. Elles étaient fréquentées par toutes sortes de jeunes, depuis ceux habillés de façon moderne jusqu’à ceux accoutrés à la mode de La Mecque. On ne voit pas ça à Amsterdam.

Un attentat islamique guette-t-il Bruxelles?

A. Van Amerongen: Cela me semble n’être qu’une question de temps. Si vous observez le nombre de personnes arrêtées à Bruxelles ces sept dernières années, vous savez que c’est une bombe à retardement. Il y a une « légende urbaine » qui affirme qu’il y a toujours eu un accord entre les groupes terroristes et le gouvernement. Ce n’est pas pour rien que les moudjahidin afghans ont pu tranquillement ouvrir des bureaux ici au début des années ’80, lorsque l’Union Soviétique était en Afghanistan – une histoire typique de la politique de la Guerre Froide, donc. La même chose s’est produite avec le F.I.S. Algérien: des terroristes recherchés en Algérie recevaient l’asile politique en Belgique. Tous ces extrémistes ont fini par partir s’installer au Londonistan, avec toutes les conséquences que cela engendra pour le Royaume-Uni. Bien entendu, la Belgique n’est pas présente en Irak ou en Afghanistan, mais cela n’est pas la seule raison existante à l’organisation d’un attentat. Vous n’avez besoin que d’un malade avec son propre agenda. De plus, il y a bien sûr des cibles intéressantes, comme l’OTAN ou le parlement européen. Beaucoup de choses dépendront de la politique extérieure du parlement européen.
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Un petit commentaire: l’explication de la gravité de la situation par la marginalisation, la pauvreté etc, cela me semble un peu facile et pas très pertinent…

D’une part, bien d’autres habitants de Bruxelles sont dans une situation précaire, dont pas mal d’autres immigrants, et pourtant ils ne font que rarement parler d’eux.

D’autre part, pour ce qui est du problème du chômage, plus que la discrimination, il me semble que c’est la qualification qui manque; Bruxelles ne vit plus de l’industrie lourde depuis belle lurette, et la main d’oeuvre « brute » n’est pas la plus recherchée par le secteur tertiaire. Mon ancien patron n’a pas hésité lorsqu’il a engagé un ingénieur d’origine turque: c’était un ingénieur compétent qu’il recherchait, doublé si possible d’une personnalité avenante, et le reste n’avait pas d’importance pour ce chef d’entreprise sensé.

Enfin, la marginalisation, lorsqu’elle concerne un groupe qui considère que la société qui l’entoure est amorale, … elle est surtout due à ce groupe lui-même!

Pour terminer, et puisque Mr Van Amerongen parle de Molenbeek, je vous invite à feuilleter les dernières éditions du petit magazine de la commune et à y regarder particulièrement les photos des moins de trente ans; dites moi ensuite qui sera vraisemblablement « marginalisé » à Molenbeek d’ici une vingtaine d’années…