Voici la traduction d’un texte publié il y a bientôt deux semaines sur Gates of Vienna. Je l’avais placé dans ma « to do list » en le lisant, puis le temps et les évènements ont filé. Ce texte n’est plus dans le vif de l’actualité ; d’autres nouvelles ont fait les manchettes à juste titre, puisqu’il y a eu les attentats manqués de Londres et de Glasgow.

[Sur ce coup là, les médias m’ont paru presque à la hauteur – la gravité des faits ne permet guère, sans doute, de trop les « lisser » ; mais même ici, certaines formulations ont frisé l’absurde – à entendre certaines dépêches, on dirait que le danger vient plus d’Hippocrate que de Mahomet [1]. On a aussi pu compter sur le Conseil des Musulmans de Grande-Bretagne pour faire preuve d’un peu d’humour [2]…]

Bref. Voici enfin ce texte, quelques jours en retard, mais pas dépassé pour autant. L’autocensure (ou l’aveuglement ?) médiatique reste répandue. Et les faits commentés montrent pourquoi il ne faut pas trop attendre des musulmans « modérés » – qui, s’ils existent bien, risquent gros en se manifestant [3].

L’histoire qui ne fait pas les manchettes
par Paul Weston, mardi 26 juin 2007
Traduction : Pistache

L’un des thèmes les plus marquants de ces dernières années devrait bientôt apparaitre dans les médias britanniques. Ceci suite à la décision sans précédent prise par Mohammad Sarwar, député travailliste de la circonscription de Glasgow Govan depuis 1997, de se retirer avant les prochaines élections, après qu’il ait reçu des menaces sur sa vie et celle de ses enfants.

La presse est en ébullition, tant cette affaire présente des aspects estimés irrésistibles pour cette Grande-Bretagne moderne qui carbure aux médias, dans laquelle nous avons la chance de vivre aujourd’hui. M. Sarwar a le triste honneur d’être à la fois le premier député musulman de Grande-Bretagne et le premier député de ce pays détourné de sa charge par des menaces de mort.

Lors de son élection, dans un tumulte de couverture médiatique, M. Sarwar créa une autre « première » ; il refusa de faire serment d’allégeance à la Reine, préférant recourir à l’ancienne tradition britannique qui consiste à prêter serment sur le Coran – placé dans un étui, de peur qu’il « ne soit touché par quelqu’un qui ne soit pas de la confession [musulmane] ». Ce qui, sans surprise, attira la colère de l’extrême droite, de sorte que Monsieur Sarwar a été pris à partie ensuite par plusieurs organisations, dont Combat 18 et le National Front.

Cette affaire constitue bien entendu une manne céleste pour les médias britanniques. La BBC a montré la voie, campant devant l’habitation de M. Sarwar dans sa circonscription, interviewant des Pakistanais vivant dans les environs qui se sentent « menacés et mals à l’aise », et organisant en secret l’infiltration du BNP pour y traquer les auteurs des violentes menaces qui ont forcé, pour la première fois dans notre histoire contemporaine, un vétéran du parlement à entrer dans la clandestinité.

Si vous possédez un télescope et que vous le braquez sur Glasgow, vous pourriez bien être à même d’observer les évènements se développer. Prenez bien soin, cependant, de diriger l’instrument vers Glasgow, Planète Imaginaire, Voie Lactée #1. Sinon, vous ne verrez pas grand-chose, parce que cette histoire n’existe que dans la Grande-Bretagne d’un univers parallèle. Ici, sur la Planète Réalité, c’est une non-affaire, en fait presque un non-évènement. Quelques lignes par-ci, par-là, mais pratiquement rien sur les chaînes d’information télévisée.

La raison de ce black-out médiatique est très simple. Ce n’est pas le National Front, Combat 18 ou le BNP qui ont lancé les récentes menaces de mort – ce sont des musulmans locaux eux-mêmes, que leur député a rendu furieux par ce qu’ils considèrent comme un comportement perfide de sa part, un comportement en relation avec le meurtre de Kriss Donald, un jeune blanc de Glasgow, en 2004.

Ceux d’entre vous qui connaissent l’affaire, ou qui sont de nature impressionnable, peuvent se dispenser de lire le paragraphe suivant. Je n’y consigne certains détails que parce qu’ils sont pertinents pour la suite.

Kriss Donald, un fluet collégien de 15 ans, a été enlevé le 14 mars 2004 dans les rues de Pollokshields, une banlieue de Glasgow. Ses kidnappeurs étaient cinq musulmans britanniques d’ascendance pakistanaise, déterminés à infliger un châtiment à un jeune blanc – n’importe quel jeune blanc ferait l’affaire – suite à une bagarre dans une boîte de nuit le week-end précédent. Séquestré et torturé à l’arrière de la voiture, Kriss a été trimbalé pendant plusieurs heures, avant d’être achevé dans un terrain vague. On raconte qu’il a été émasculé, brûlé avec des mégots de cigarette, que ses yeux ont été arrachés ; il a été poignardé à de multiples reprises. Sur le terrain vague, il a finalement été arrosé d’essence et brûlé vif. Il s’est traîné sur quelques mètres avant de mourir enfin. Le promeneur qui découvrit le corps le lendemain matin n’eut même pas conscience qu’il s’agissait d’un humain, expliquant qu’il avait d’abord cru qu’il s’agissait de la carcasse d’un animal.

Deux hommes furent arrêtés par la suite, mais les trois autres, conscients que leur identité était connue de la police, fuirent au Pakistan. Le Foreign Office [4] était à l’époque plongé dans de délicates négociations avec le Pakistan concernant l’extradition de terroristes confirmés, et un petit meurtre sans importance comme celui de Kriss Donald était un problème supplémentaire dont le ministère se serait volontiers passé. Il fit donc de son mieux pour contrarier les efforts déployés par la police britannique pour mettre la main sur les suspects.

C’est alors qu’entre en scène M. Mohammad Sarwar, homme possédant un certain sens du bien et du mal et qui se trouvait dans une position politique lui permettant d’agir. M. Sarwar joua un rôle décisif en forçant le gouvernement britannique à persévérer pour obtenir l’extradition des trois hommes et commit par-là même, aux yeux de certains musulmans britanniques, un crime et une traîtrise méritant la mort.

Je présente mes excuses pour m’être étendu à décrire la cruauté des tortures et du meurtre de Kriss Donald, mais l’on comprendra que c’était pertinent en lisant les propos suivants de M. Sarwar, rapportés par le Daily Telegraph :

« La vie n’est plus la même depuis que je les ai ramenés [5] (…) J’ai reçu des menaces sur ma vie, des menaces de meurtre sur mes enfants, sur mes petits enfants. (…) On m’a dit qu’ils voulaient punir ma famille et faire un horrible exemple sur la personne de mon fils – qu’ils lui feraient ce qu’ils ont fait à Kriss Donald. »

Il y a dans cette histoire d’autres « premières » qui auraient dû intéresser les médias. Daanish Zahid, l’un des cinq tueurs, est la première personne reconnue coupable de meurtre à motivation raciale en Ecosse, et le pur sadisme du meurtre lui-même est sans précédent en Grande-Bretagne (mais n’a précédé que d’un an, comme c’était hélas prévisible, les actes des six britanniques d’origine africaine qui violèrent, torturèrent et tuèrent Mary Ann Leneghan).

Mais je digresse.

Pour résumer, le premier député musulman de Grande-Bretagne est aussi le premier politicien qui ait jamais eu à démissionner face à des menaces de mort ; menaces formulées par des adeptes de la Religion de Paix qui sympathisent avec les barbares islamiques impliqués dans le plus atroce des meurtres à caractère racial de l’histoire récente de la Grande-Bretagne, et dont l’un est aussi, par-dessus le marché, le premier « Écossais » à être reconnu coupable de meurtre avec la circonstance aggravante de motivation raciale.

Maintenant, corrigez-moi si je me trompe, mais il y a sûrement un article à écrire dans tout ceci ? Je sais que c’est maintenant un cliché éculé, mais imaginez que M. Paul Boateng, le premier député noir de Grande-Bretagne, ait été écarté de ses fonctions par une poignée de fondamentalistes chrétiens d’extrême droite, blancs, qu’il aurait mis en rage en réussissant à amener devant la justice les assassins blancs du jeune noir Stephen Lawrence ?

Une folle hypothèse, je l’admets. On pourrait laisser tomber le télescope, et il faudrait même investir plutôt dans l’achat d’œillères et de protège-oreilles pour échapper à l’hystérie médiatique. Nous avons l’habitude du « deux poids, deux mesures » pratiqué par les médias en présence d’un meurtre à caractère racial, mais ici, c’est différent. Ce n’est pas n’importe quel meurtre, ce ne sont pas n’importe quelles menaces de mort, et M. Sarwar n’est pas n’importe qui.

Lorsque la Grande-Bretagne, un pays du monde développé, perd un homme politique élu démocratiquement parce qu’il craint pour sa vie, nous pénétrons dans une ère absolument nouvelle. Dans laquelle la Grande-Bretagne est maintenant sur le même pied que l’Irak ou le Zimbabwe.

Nous sommes en train de devenir, en termes politiques, un véritable pays du Tiers-monde, et le mépris complet que nos médias – BBC en tête – affichaient pour l’impartialité a passé d’une simple tendance à une censure dangereuse, avec toutes les implications dérangeantes que cela laisse augurer pour l’avenir de notre démocratie.

Beaucoup de journalistes politiques estiment que la Grande-Bretagne est morte, Lawrence Auster en particulier, mais M. Auster pense aussi qu’elle peut être ressuscitée. Si c’est le cas, cela doit se faire sans tarder.

Le cœur de notre nation a cessé de battre. Notre âme nationale flotte, hésitante, au-dessus de la table d’opération. L’équipe de réanimation a été appelée, mais le standard de l’hôpital, par conviction politique, leur a dit qu’il n’y avait pas de problème, que tout était sous contrôle.

Les médecins ont tout de même compris l’urgence, ils se hâtent, mais d’autres membres du personnel hospitalier ont déplacé les panneaux indiquant l’emplacement de la salle d’opération et ont éteint les lumières. C’est un grand hôpital, ils n’ont que quelques minutes pour arriver, ils sont perdus, désorientés, mal informés, et l’heure tourne, implacablement…

© Paul Weston, 2007

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[1] Comme d’habitude, il ne faut pas chercher les mots « musulmans » ou « islam » ou leurs dérivés dans la plupart des articles. Sans doute les conseils lexicaux de L’Union Européenne à ce sujet sont-il pris en considération. Le gouvernement britannique les applique d’ailleurs déjà (voir aussi ici et ici)

[2] Le secrétaire général adjoint de cette organisation ayant expliqué que les attentats « pouvaient être l’œuvre de Musulmans, de Chrétiens, de Juifs ou de Bouddhistes » – http://blogs.telegraph.co.uk/ukcorrespondents/holysmoke/july07/pointingfinger.htm

[3] Ou, pire, en reniant l’islam. Et ils ne doivent pas trop compter sur l’aide de certains de nos politiciens : http://www.ajm.ch/wordpress/?p=712

[4] Le Foreign Office est le ministère britannique des Affaires étrangères – http://fr.wikipedia.org/wiki/Foreign_and_Commonwealth_Office

[5] Le député parle ici des trois assassins qui s’étaient réfugiés au Pakistan