Un quintuple infanticide s’est déroulé cette semaine à Nivelles: une femme au foyer a égorgé ses 5 enfants (3 ans à 14 ans) au couteau de cuisine, puis a essayé de se suicider. L’époux d’origine marocaine était absent depuis un moment, mais devait rentrer de voyage ce jour-là. La seule explication donnée jusqu’ici par la meurtrière est qu’elle se trouvait dans une situation inextricable.

J’avais envie de faire quelques commentaires au sujet de cet horrible fait divers, ou plutôt de ce qu’on trouve là-dessus dans la presse écrite jusqu’ici … Certains risquent de les trouver déplacés, tant pis. Je crois que ça devient un automatisme chez moi de scruter les infos et d’y dénicher la petite bête, quelque soit le sujet.

Voici les liens des derniers articles traitant de cette affaire dans les grands quotidiens belges francophones, par ordre chronologique, accompagnés d’un petit résumé et d’extraits

La mère inculpée, pas d’explications claires (01/03/2007)

L’article parle essentiellement du déroulement des meurtres. Puis de la meurtrière et de son couple :

(…) Geneviève Lhermitte, opérée dès mercredi soir, n’a pu donner que de minces indications, qualifiées de “discours incohérent” par le parquet. L’enquête montre toutefois qu’elle se sentait isolée dans son milieu familial. Elle était aussi suivie pour des problèmes d’ordre psychologique.

Mariée à Bouchaïb Moqadem, absent au moment des faits, elle ne semblait pas rencontrer de problèmes conjugaux. Il s’agissait d’un couple mixte belgo-marocain, Geneviève ayant adopté la culture de son mari sans pour autant être convertie à l’Islam. Enseignante de formation, elle était mère au foyer. Son mari et père des cinq enfants, était employé par un médecin qui sous-louait leur habitation familiale. Parti depuis fin janvier au Maroc où il avait raccompagné sa propre mère venue pour les fêtes en Belgique, Bouchaïb Moqadem avait été pris en charge, mercredi, de retour du Maroc, dès son arrivée à l’aéroport Zaventem.

Aucun problème religieux ne semble non plus, à ce stade de l’enquête, être à l’origine du drame.

L’enquête s’orientera désormais vers des investigations complémentaires au sujet de la situation « sans issue » dont a fait part Geneviève Lhermitte. Un expert psychiatre va également être désigné par la juge d’instruction.

Les enquêteurs cherchent à cerner la personnalité de Geneviève Lhermitte (02/03/2007)

Où le titre résume bien l’article :

(…) La petite dizaine d’enquêteurs de la police locale et fédérale s’attache à présent à cerner la personnalité de l’auteur des faits, et à préciser le contexte qui a pu entraîner le drame. Cette “enquête de personnalité”, “sans caractère d’urgence” pourrait durer plusieurs mois, annonce le parquet de Nivelles. (…)

Et dont la fin est consacrée aux funérailles des victimes

Par ailleurs, les corps des enfants ont été rendus à la famille ce vendredi. (…) Le public, dont les camarades de classe des petits Moquaden, pourra venir se recueillir devant les corps des enfants (…). Les cinq enfants seront emmenés mardi à la Grande Mosquée de Bruxelles, avant d’être transférés au Maroc, où auront lieu les funérailles.

Geneviève a tout raconté (02/03/2007)

Article retraçant la chronologie des évènements en détails, puis accordant quelques lignes au mobile :

(…) Aux enquêteurs, Geneviève ne donne pas de réponse définitive et « rationnelle » à son acte. Elle connaissait de lourds problèmes psychologiques depuis un certain temps. Elle avait adopté la culture de son mari Bouchaib Mokadem qui pouvait l’isoler du monde extérieur et elle était pratiquante. (…)

Des bougies pour les petits (03/03/2007)

Article évoquant l’hommage rendu aux petites victimes par des voisins. Accompagnant l’article, quelques témoignages dans un encadré : celui de l’amie de Geneviève Lhermitte, et celui d’une de ses sœurs… Le « couple où tout allait bien » en prend un coup :

(…)

“Son mari ne voulait pas qu’elle voit sa famille, il lui interdisait tout, même d’aller chez le coiffeur. Il ne voulait plus qu’elle ait des contacts avec nous, sa famille. Alors Geneviève et moi par le biais de Valérie, nous communiquions. (…) “, poursuit Catherine, la soeur de Geneviève.

“Elle avait peur de son mari. Elle était embarquée dans un tourbillon. (…)”, ajoute la meilleure amie de la maman qui a tué ses cinq enfants. (…).

Maintenant, un petit coup d’œil à la presse étrangère…

Un article du Telegraph m’a attiré l’oeil: son titre ne correspondait à rien de lu jusque là dans la presse belge (je précise, le Telegraph n’est pas un tabloïd.)

Mother ‘feared children would be taken away’ (02/03/2007)

L’article retrace les points principaux de l’affaire, et ajoute quelques éléments que je n’ai pu voir jusqu’ici dans la presse belge francophone (traduction d’un extrait):

(…) Les voisins et les enseignants de l’école rapportent que les Mokadem étaient apparemment une famille heureuse.

Mais des choses plus sombres émergent au cours de l’enquête, notamment l’allégation selon laquelle le père avait pour projet d’emmener les enfants au Maroc sans le consentement de leur mère.

Mme Mokadem – qui, conséquence de la loi belge, a gardé son nom de jeune fille, Lhermitte – a été décrite comme “soumise” et “influençable”.

Les enseignants s’étonnèrent lorsque la plus âgée des enfants, Yasmine, arriva un jour bouleversée à l’école en portant le foulard. (…)

Continuant de farfouiller la presse étrangère, j’ai bien l’impression qu’on en lit plus également dans la presse espagnole – par exemple, cet extrait d’un article relatant le fait divers (traduction basée sur Babelfish…):

Sans nouvelles de son mari

On sait peu de choses de cet homme. […]. Musulman – il célébrait la Fête du mouton -, maintenant des relations normales avec le voisinage, (…) il voyageait beaucoup, étant donné sa supposée condition de représentant de produits pharmaceutiques. Catherine dit qu’il prenait un mois de vacances en Algérie, et que Geneviève n’avait pas eu de nouvelles de lui.

Les professeurs du collège auquel allaient les enfants considéraient Mokadem comme un homme strict. Quelques témoignages rapportent que le père avait obligé les enfants à suivre le Ramadan et que Yasmine, la plus grande, s’était présentée un jour dans le collège parée du voile islamique. Devant ses compagnons stupéfaits, elle s’était mise à pleurer.

Les professeurs de Yasmine savaient aussi que Bouchaib voulait des fils, non des filles, et que la grande natalité familiale répondait à la recherche d’un garçon.

Bref… tout ça pour dire que, dans cette affaire atroce, je ne peux m’empêcher de remarquer combien la presse écrite de mon pays évite délibérément certains sujets, certaines hypothèses “dérangeantes” pour le politiquement correct.

Si les allégations mentionnées par le Telegraph s’avèrent vraies, si les témoignages de la soeur et de l’amie de la meurtrière concernant la situation de celle-ci sont fondés, si celui des profs concernant celle des enfants est solide, cela n’excuse aucunement le geste atroce de cette mère, mais cela permet au moins de comprendre ne fut ce que partiellement le contexte des évènements… Malheureusement, sachant ce que l’on sait de la culture islamique, ces hypothèses ne sont pas franchement de la science-fiction.

Si tout ceci n’est que du vent, alors il faudrait au moins demander à ces témoins pourquoi de telles déclarations; pouvoir discuter de tout ceci.

Pour l’instant, la ligne officielle de nos journaleux c’est de “refuser de tomber dans la rumeur”, “d’attendre les résultats de l’enquête” etc. On verra ce que cela donne, mais si jamais il fallait que soient évoquées certaines caractéristiques de certaine culture, je sais d’avance que l’on sera TRES prudents. Très très. En fait, on sera probablement et comme d’habitude muets; “pour ne pas faire le jeu de l’extrème-droite” et autre foutaises bien pensantes mais inutiles de ce genre.

UPDATE (07/03):

Le Monde se fait l’écho (prudemment) de ces éléments et des derniers développements dans un article ce jour:

Une fois encore la Belgique est sous le choc d’un fait divers. Le 28 février, une habitante de la ville wallonne de Nivelles, Geneviève Lhermitte, 40 ans, tuait ses cinq enfants, âgés de 3 à 14 ans. Elle a, ensuite, tenté de se suicider. Son mari, Bouchaib Moqadem, séjournait au Maroc au moment des faits. Présentée comme dépressive, Geneviève Lhermitte a, depuis, été mise en examen pour assassinats et incarcérée, mardi 6 mars, dans l’aile psychiatrique d’une prison bruxelloise.

 

L’affaire, qui ne quitte pas la “une” des médias, a une résonance particulière dans un pays qui n’a jamais oublié l’effroi engendré par le tueur pervers Marc Dutroux. “Ce pays manifeste, au travers de tels drames, son hyper-sensibilité à la question des enfants mais aussi sa recherche d’identité et de sens”, estime le sociologue Claude Javeau.

Véhiculant certaines informations que l’enquête judiciaire devra confirmer, des médias tentent de faire de la mixité du couple Moqadem-Lhermitte l’une des clés du drame. Télévisions et journaux esquissent l’image d’une Geneviève Lhermitte convertie volontairement à l’islam et qui aurait eu à affronter les conceptions autoritaires d’un mari pratiquant. Mais “non rigoriste”, soulignent des proches de M. Moqadem. Celui-ci privait toutefois, semble-t-il, son épouse de tout contact avec sa famille et menaçait de l’emmener au Maroc avec ses enfants. La mère meurtrière n’aurait, par ailleurs, plus supporté la présence dans l’orbite familiale d’un médecin, conseiller, confident et soutien financier de M. Moqadem.

Selon les représentants de la communauté musulmane, ces éléments ne suffisent à expliquer ni un quintuple infanticide ni la rapide stigmatisation de M. Moqadem. Les musulmans, qui ont commémoré lundi la mémoire des cinq victimes – dont les dépouilles seront enterrées au Maroc – s’étaient déjà inquiétés du climat ambiant après l’assassinat du jeune Joe Van Holsbeeck, poignardé, en avril 2006 à Bruxelles, pour son lecteur MP3. Une bévue des autorités judiciaires avait, à l’époque laissé entendre qu’un jeune Maghrébin était peut-être l’auteur du coup mortel. Quelques jours plus tard, deux jeunes Polonais étaient identifiés.

L’article est par contre à côté de la plaque en parlant de “bévue” des autorités judiciaires lors du meurtre Van Holsbeeck: les jeunes “Polonais” étant des Tsiganes au type assez méditerranéen, les clichés pris par les caméras de surveillance avaient de quoi tromper… et enquêteurs comme médias ont en fait très peu désigné ces meurtriers comme étant issus de la communauté maghrébine (exemple).

Ce triste évènement a d’ailleurs été l’occasion de pas mal de foin “anti-racisme-anti-amalgames” etc, allant jusqu’à une cérémonie de funérailles “adaptée” pour “ne pas exclure les immigrants”…

Une fois les auteurs arrêtés, les autorités et les médias ont par contre semblé très soulagées de pouvoir clamer haut et fort la nationalité des assassins – des Polonais, des Européens, ouf! Certains journaux ont par contre gardé un peu de bon sens, à contre courant de cette vague de repentance – en rapportant que même les voisins maghrébins des jeunes criminels les prenaient “pour des Turcs”.

Bref, pour emprunter les mots d’un autre sur un forum, dans l’affaire Van Holsbeeck, “ils ont fait tout un foin en disant que “ce n’est pas parce que les auteurs sont sans doute des zarabes que tous les zarabes sont méchants et d’ailleurs, vous êtes des salauds d’insinuer que ce sont des zarabes” pour finalement aboutir à un “on vous avez bien dit que ce n’était pas des zarabes contrairement à ce que vous avez dit, bande de racistes anti-zarabes

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