Vous composez une affiche pour faire la promotion d’un évènement culturel européen, affiche que vous comptez placarder à Bruxelles.

Quelle(s) langue(s) utilisez-vous?

Ceux qui répondront le français et le néerlandais ont raison, et c’est très logique vu l’endroit. Mais admettons que vous ayez la place pour écrire aussi votre message dans un troisième langage. Lequel?

L’anglais, histoire de toucher un maximum des étrangers et expatriés résidant dans la “capitale de l’Europe” ? C’est après tout un évènement européen, une affiche tapissée de bleu et d’étoiles jaunes… Et bien, apparemment, non.

L’allemand, troisième langue nationale de la Belgique, alors? Qui permet de toucher une frange non-négligeable d’Européens d’outre-Rhin? Nope.

Vous ne voyez pas? C’est pourtant évident, sur cette photo prise cette semaine dans une grande station de métro bruxelloise:

De quoi bondir? Pas tout à fait: si on fouille un petit peu, on comprend qu’il y a une raison logique à cela – un public cible, en fait. Mais on peut aussi se dire que la façon dont cette publicité est rédigée n’est pas innocente…

Que lit-on? Qu’il s’agit d’un évènement organisé par “l’Association Européenne de l’Art et de la Culture”. On s’attendrait à ce que ce machin soit une émanation plus ou moins officielle de l’UE, et à trouver un luxueux site web en cherchant le nom sur Google. Loupé.

En fait, pour dénicher le site de l’association, il vaut mieux googler “Festival Européen du chant spirituel”: il n’y a alors qu’une réponse, et c’est une petite page web relativement minable qui s’ouvre à l’adresse http://www.aeac.be – un site unipage à moitié terminé, qui fait la promotion de l’édition 2006 du festival.

De quoi retourne-t-il donc? Avec un peu plus de temps pour déchiffrer le bas de l’affiche (participants, sponsors,…), c’est plus évident. Sinon, il faut savoir ce que signifie “anachid” (mot que j’avais d’abord pris pour un acronyme quelconque). En faisant une recherche sur ce mot, on tombe sur de très nombreux sites permettant enfin de comprendre: le “chant spirituel” dont il est question, il se limite au chant spirituel islamique. Et le wikipédia anglophone nous donne cette définition pour l’anachid (ou plutôt l’anasheed):

Anasheed is Islamic vocal music that are either sung a cappella or accompanied by percussion instruments. (…) Islamic anasheeds are often popular in the Islamic World. The material and lyrics of anasheed reflect on Islamic beliefs, history, and religion and can be considered Muslim gospel music.

Le drapeau européen, le nom d’association européenne, le festival européen de chant spirituel? Tout ça ne recouvrait en fait qu’un festival de chant islamique… Et la présence du message en arabe devient dès lors logique.

Je suppose que certains verront tout ceci d’un oeil bienveillant… Personnellement, je ressens un certain malaise. Pourquoi faire passer pour européen quelque chose qui n’a aucun lien culturel ou historique avec ce continent? Pour mieux attirer quelques pigeons qui viendront écouter de la dawa? Ca me rappelle un petit peu l’anecdote évoquée par Walid Shoebat dans “Islam – What the west needs to know“: comment des soirées organisées par des islamistes aux USA afin de réunir des fonds pour leurs activités jihadiques étaient vantées en tant que “fêtes culturelles orientales” sur les tracts anglophones – “Venez, il y aura du baklava!“… Ici, quel qu’en soit le motif, la culture d’origine de la manifestation est non seulement gommée, mais déguisée. Volonté d’effacement, ou au contraire d’inscrire encore un peu plus l’islam en Europe? Chacun décidera.

Dans le même ordre d’idée, parmi les nombreux petits éléments permettant d’accoutumer le quidam européen au fait arabo-musulman, nos médias sont rarement en reste. Voici un exemple d’une chose minuscule que j’ai notée il y a un petit temps déjà. Une chose presque insignifiante, mais qui touche chaque jour des centaines de milliers d’oreilles. Il s’agit de deux génériques d’émissions diffusées par la première chaîne publique de radio belge francophone [cliquer sur le nom des émissions pour entendre/ télécharger les mp3]:

Et Dieu dans tout ça (émission diffusée le dimanche de 11h à 12h, consacrée aux philosophies et aux religions)

L’appel à la prière (adhan) du muezzin n’est pas à proprement parler déplacé, vu le thème de l’émission, mais… est-ce vraiment un hasard qu’il commence et perdure au-delà des tintement de cloches? Ou que ce soit la seule portion chantée? Les percussions qui succèdent immédiatement à cette première séquence et conduisent au jingle musical à proprement parler m’évoquent elles aussi l’orient, mais je veux croire qu’elles sont d’inspiration séfarade (?)… Je suis probablement un peu parano sur ce genre de chose; mais je n’aime pas beaucoup ce muezzin au premier plan et ces cloches dans le lointain…

– “Le Monde est un village” (émission diffusée chaque soir de semaine entre 19h15 et 21h, consacrée aux musiques du monde)

Le jingle est une sorte de musique d’atmosphère new-age, lentement rythmée par quelques percussions, et dont pas un seul élément n’est vraiment identifiable ou assimilable à une culture particulière. Pas un? Non, c’est faux: écoutez ce qui clôt le jingle, à 57″: Que psalmodie donc le monsieur?? Oh, trois fois rien, juste “Allâhu akbar…“. Mais là aussi, c’est sûrement ma parano qui me joue des tours.