Voici la traduction de trois articles qui datent un petit peu – fin 2003 / début 2004; traduction commencée à l’époque mais jamais réellement terminée ni publiée. Etant retombée dessus, il m’a semblé qu’il pouvait être intéressant de finaliser le travail et de mettre ces textes en ligne: la problématique évoquée est malheureusement toujours d’actualité, et le sera sans doute encore longtemps. Les propos du protagoniste principal rejoignent ceux que Fjordman exposait dans “Superman, Harry Potter et la guerre contre le jihad“.

De quoi s’agit-il? D’une interview de l’acteur gallois John Rhys-Davies, lors de la sortie du “Retour du Roi”, dernier épisode de la trilogie du “Seigneur des Anneaux”. Il y parle de son travail d’acteur, mais aussi du message pour notre époque que lui semble contenir l’oeuvre de Tolkien. J’ai fait suivre cette interview de deux articles de presse qui ont suivi, qui contiennent parfois des éléments redondants et très convenus (telles les accusations de racisme, quitte à manipuler pas mal les propos originaux de l’acteur), mais aussi des propos complémentaires de celui-ci ou quelques autres remarques pertinentes.

______________________

Une interview avec John Rhys-Davies

En décembre 2003, plusieurs critiques privilégiés (entre autres, Jeffrey Overstreet, Steven D. Greydanus, Andrew Coffin et Michael Elliott) eurent l’opportunité de parler avec l’équipe responsable du film le plus ambitieux, le plus éreintant et le plus glorieux de l’année… Voici l’interview donnée par John Rhys-Davies (« Gimli ») dans ce cadre.

M. Rhys-Davies, vous avez fait partie de deux des trilogies cinématographiques les plus appréciées jamais tournées. Dans toutes deux, vous avez une présence considérable. Et pourtant, dans les deux, votre personnage est d’abord de type héroïque, bien ficelé et crédible, puis par la suite semble se limiter à créer des intervalles comiques. J’adore votre jeu, mais cet aspect du script me gêne parfois. Trouvez-vous cela frustrant ?

Avec le premier Indiana Jones, tout était très neuf. Nous explorions de nouveaux territoires. Lorsque le troisième épisode a vu le jour – bien sûr, ils m’avaient laissé de côté pour le second volet, ce qui fait que c’est un film moins drôle [il rit aux éclats, et nous l’accompagnons] – je ne faisais plus partie de la boutique. J’ai été d’une certaine façon déclassé. La nouveauté, c’était le père d’Indy. Il a fallu faire du mieux possible avec ce que j’ai pu avoir.

Pour Gimli… Ici, c’est un choix légèrement différent. Comme vous vous souvenez, Tolkien a vendu les droits originaux pour une centaine de livres sterling, parce qu’il ne pensait pas que le livre puisse jamais être adapté au cinéma. Et il avait raison. C’est infilmable. Si vous voulez raconteur l’histoire du livre, vous enfreindrez toutes les règles cinématographiques de base. Problème de structure.

C’est à porter au crédit de Peter Jackson qu’il se soit acharné à trouver une structure qui fonctionne à l’écran, tout en étant prêt à sacrifier la structure pour la fidélité [au récit]. Et je crois que c’est la bonne réponse.

Mais qu’y a-t-il dans les livres ? Tout va relativement bien, et puis quelque chose de mauvais advient, et puis il y a un combat, et puis quelque chose fait empirer la situation, et puis il y a un plus grand combat, et puis la situation semble vraiment mal tourner, et puis il y a une bataille, et puis les choses semblent aller vraiment vraiment mal, et puis il y a une plus grosse bataille, et puis la situation paraît vraiment VRAIMENT désespérée… C’est ça, la structure de ce fichu récit. Vous ne pouvez pas avoir cette tension croissante tout du long. Nous devions donc trouver des moyens de relâcher la tension. Et nous avons décidé que d’employer Gimli à cet effet serait probablement la réponse. Parce qu’il y a quelque chose de naturellement amusant chez Gimli.

Il y a une discussion, une scène de beuverie entre Gimli et Legolas, qui sera probablement sur le DVD, qui devrait beaucoup faire rire. Je soupçonne que, d’une certaine façon, le film aurait été meilleur en la conservant. Ce film est très sombre et… et bien, l’autre jour, je taquinais Peter [en lui disant] « Tu réalise que les critiques vont maintenant t’accuser d’avoir créé un chef-d’œuvre homo-érotique ? » [éclats de rire]… Avec tous ces hobbits qui sautent sur les lits… c’est un peu comme le Pays Imaginaire, non ?

[revenant sur le caractère “infilmable” du SdA]

Vous ne pouvez avoir autant de personnages dans un film. Regardez toutes ces histoires dont vous n’avez qu’une miette. Faramir et son père. C’est une histoire sur laquelle vous voudriez passer plus de temps. Il y a là une épouvantable tragédie familiale, et vous voudriez en savoir plus sur les relations entre ces deux frères, et sur le fils préféré d’un père…

Vous vous souvenez de cette merveilleuse phrase de Kipling ? Kipling était à l’origine très va-t-en-guerre, très chauvin, et très exalté vis-à-vis de la première guerre mondiale. Vous savez, « vaincre les Huns » et tout ça [1]. Il envoya son fils de 17 ans à la guerre, où il disparut. Il disparut. La dernière fois qu’il fut aperçut par un sergent, il avait été touché au visage et cherchait à rejoindre un poste médical. Le sergent ne passa guère beaucoup de temps avec lui, le garçon pleurait de douleur. Et puis… il disparut. Sans doute sous un obus, ou quelque chose comme ça. Peut-être ses restes n’ont-ils été découvert qu’il y a trois ou quatre ans. Vers 1921 ou 1922, Kipling écrivit un poème dans lequel figurent ces vers :

Si on vous demande pourquoi nous sommes morts,
dites-leur que c’est parce que nos pères ont menti.

Et c’est à ça que j’ai pensé par rapport à Faramir.

Un des éléments-clés concernant le personnage de Gimli réside dans sa relation avec Legolas. Et ce qui rend la chose si poignante dans le livre, et aussi dans le film, est que cela se situe dans un contexte ou les elfes et les nains ne se sont jamais vraiment entendus. Il y a un antagonisme culturel entre eux. Et pourtant ce nain et cet elfe deviennent de fidèles amis. Est-ce que cela avait un écho personnel pour vous, lorsque vous jouiez ce rôle et développiez ces thèmes ?

En réalité, pour apporter une petite correction – les nains et les elfes furent proches à une époque, avant que la dissension ne croisse entre eux et qu’ils ne deviennent terriblement suspicieux et hostiles les uns aux autres. Et en fait, la seule raison pour laquelle les nains se montrent au Conseil d’Elrond est qu’ils ne veulent pas que les elfes tirent quelque avantage de la situation. Mais il est intéressant de constater que c’est une fois ayant tenté de résoudre le problème en brisant l’Anneau de sa hache, et s’étant retrouvé à terre, hache brisée, que Gimli réalise dès lors le pouvoir de l’Anneau, le pouvoir du mal, et c’est là qu’il s’intéresse à la quête.

Sa rencontre avec la reine des elfes [Galadriel] contribue bien sûr au développement de son amitié avec Legolas. Et il y a ce passage magnifique dans le livre où il parle d’une enchanteresse : « Si les hommes posent les yeux sur elle, ils tombent sous son charme à jamais ». Ça fait peur. Et c’est exactement ce qui arrive. Il jette un regard sur elle et tombe complètement amoureux à jamais. Et ça l’aide à construire des liens avec Legolas. Cette amitié ne vient pas immédiatement. Elle se construit de ce respect donné à contrecœur qu’ils développent l’un pour l’autre.

Il y a un très bel extrait que nous ne pouvions, en quelque sorte, pas inclure, parce que nous avons déjà le départ du personnage de Ian Holme sur le dernier vaisseau… Mais dans le livre, à la fin, il y a cet éternellement jeune Legolas et ce … très vieux nain aux cheveux blancs qui partent aussi sur un bateau.

A quel point les croyances et la perspective catholique de Tolkien résonnent-elles en vous ?

J’enterre tellement ma carrière avec ces interviews que c’en est douloureux. Mais je pense qu’il y a certaines questions qui demandent des réponses sincères.

Je pense que ce que dit Tolkien, c’est que certaines générations seront confrontées à des défis. Et que si elles ne se redressent pas pour faire face à ces défis, elles perdront leur civilisation. C’est quelque chose qui a une réelle résonance en moi.

J’ai eu le passé idéal pour devenir acteur. J’ai toujours été un étranger. J’ai grandi en Afrique au temps des colonies. Et je me souviens qu’en 1955, quelque part entre la fin juillet, quand les vacances scolaires commençaient, et la mi-septembre, quand elles se terminaient, mon père m’a emmené sur les quais du port de Dar-Es-Salam. Il m’a montré du doigt un dhow [2] dans le port et m’a dit, « Tu vois ce dhow là ? Il vient d’Aden deux fois par an. Il fait escale ici puis poursuit vers le sud. En descendant la côte, il contient des machines et du fret. En remontant, il transporte deux ou trois gamins noirs. Vois-tu, ces enfants sont des esclaves. Et les Nations Unies ne me laissent rien faire à leur sujet. »

La conversation se poursuivit. « Vois, mon garçon. Il n’y aura pas de guerre mondiale entre la Russie et l’Ouest. La prochaine guerre mondiale se fera entre l’Islam et l’Occident. »

C’était en 1955 ! Je lui ai dit, « Papa, tu es fou ! Les croisades sont finies depuis des siècles ! »

Et il m’a répondu « Oui, je sais ; mais l’Islam militant se lève à nouveau. Et tu le verras durant ta vie. »

Ca fait maintenant quelques années qu’il est mort. Mais il n’y a pas un jour qui passe sans que je pense à lui et que je me dise, « Bon Dieu, je voudrais que tu sois encore là, juste pour pouvoir te dire que tu avais raison. »

Ce qui est extraordinaire, c’est qu’un trop grand nombre de vos collègues journalistes ne comprennent pas à quel point la civilisation occidentale est précaire et à quel point elle est précieuse.

Comment sommes-nous parvenus à ce genre de vraie démocratie, comment avons-nous atteint ce niveau de tolérance qui fait que je peux dire quelque chose qui puisse être totalement à l’opposé de ce que vous pensez, vous qui êtes à cette table, mais que vous supporterez néanmoins, et examinerez, et auquel vous répondrez « non, vous avez tort parce que ci et ça » ; et qui fait que je vous écouterai et dirai, « et bien, en fait, peut-être que j’ai tort parce que ci et ça ».

[Il se tourne vers une journaliste et adopte une voix autoritaire, comme pour jouer le personnage d’un islamiste radical :] « Vous ne devriez pas être dans cette pièce, puisque votre mari ou votre père ne sont pas ici pour vous accompagner. Vous ne pouvez donc être dans cette pièce avec ces inconnus qu’à des fins immorales. »

Ce que je veux dire… L’abolition de l’esclavage est issue de la démocratie occidentale ; de cette vraie démocratie qui vient de notre expérience gréco-judéo-christiano-occidentale. Si nous perdons ces choses, c’est une catastrophe pour le monde.

Et puis il y a cette catastrophe démographique qui se produit en Europe et dont personne ne veut parler, que nous n’osons pas évoquer parce que nous sommes si soucieux de ne pas offenser les gens ayant d’autres origines. Et nous avons raison de l’être. Mais il y a aussi un problème culturel.

D’ici 2020, 50% des enfants – des jeunes de moins de 18 ans – vivant en Hollande seront d’ascendance musulmane. Examinez ce que les Pères Fondateurs des U.S.A pensaient des Hollandais. Ils considéraient la montée de la démocratie et des valeurs hollandaises comme étant à la base même de la démocratie américaine. Si d’ici le milieu du siècle la population de Hollande est majoritairement musulmane… – et n’oubliez pas qu’il y a en outre cet effondrement de la population… les gens d’Europe de l’Ouest ne font plus d’enfants. La population de l’Allemagne à la fin du siècle est évaluée à 56% de ce qu’elle est maintenant. Celle de la France, à 52% de ce qu’elle est aujourd’hui. La population de l’Italie, amputée de 7 millions. Un changement du teint même de la civilisation occidentale en Europe est en train de se produire, nous devrions au moins y réfléchir et en discuter. S’il s’agit juste d’un remplacement d’un patrimoine génétique par un autre, ça n’est pas trop important. Mais si cela implique le remplacement de la civilisation occidentale par une autre civilisation porteuse de valeurs culturelles différentes, alors il s’agit de quelque chose dont nous devrions vraiment parler ; parce que, bordel, moi je suis pour la culture des « hommes blancs archaïques » [3].

Vous réalisez sans doute que ce que je viens de dire s’apparente à un blasphème dans cette ville …

… mais nous devons être un peu sérieux. Dans l’ensemble, nos cultures et nos sociétés sont suffisamment résistantes pour tenir bon face à toute sortes de bêtises. Mais si Tolkien a un message, c’est : « parfois il faut faire face et combattre pour ce en quoi l’on croit ». Il savait pour quoi il s’était battu durant la première guerre mondiale.

[Sur ces mots, il quitte la table sous nos applaudissements appréciatifs, en ajoutant :] Essayez de mettre des verbes dans mes phrases…😉

 

______________

Une star galloise au centre d’une querelle raciale
18 janvier 2004
Lucy Ballinger, Wales on Sunday

L’une des plus grandes stars galloises d’Hollywood a fait démarrer une querelle raciale hier, après avoir tenu des propos anti-musulmans.

Au Pays de Galles, des leaders islamiques scandalisés ont exigés des excuses immédiates de l’acteur John Rhys-Davies, que l’on peut actuellement voir dans “Le Seigneur des Anneaux”, qui a affirmé que l’augmentation de la population musulmane en Europe était « une catastrophe démographique » qui menace la « civilisation occidentale ».

Les propos de l’acteur, qui a 59 ans et est originaire d’Ammanford, ont été originellement tenus lors d’une interview donnée à des journalistes américains de World magazine, mais ont été repris cette semaine par le British National Party, parti d’extrême droite, dans une brochure destinée à récolter le soutien des amateurs de cinéma.

Dans l’interview, Rhys-Davies, qui joue le personage de Gimli, le nain héroïque, et a prêté sa voix au personnage animé par ordinateur de Sylvebarbe pour le récent blockbuster, interprète le récit de Tolkien comme une métaphore des relations raciales modernes.

Il a ainsi dit: « il y a cette catastrophe démographique qui se produit en Europe et dont personne ne veut parler, que nous n’osons pas mentionner parce que nous sommes si soucieux de ne pas offenser les gens d’autres origines. Et nous avons raison de l’être. Mais il y a aussi un problème culturel. D’ici 2020, 50% des enfants – des jeunes de moins de 18 ans – vivant en Hollande seront d’ascendance musulmane. Je pense que ce que dit Tolkien, c’est que certaines générations seront confrontées à des défis. Et que si elles ne se redressent pas pour faire face à ces défis, elles perdront leur civilisation. C’est quelque chose qui résonne réellement en moi. »

L’acteur de 1m80, qui portait des prothèses faciales et a joué à genoux pour interpréter le nain de 1m30 dans le « Seigneur des Anneaux », a même dit qu’il est conscient que ses convictions étaient susceptibles de mettre fin à sa carrière, lui qui a entre autre été à l’affiche dans les films d’Indiana Jones et dans le James Bond « Tuer n’est pas jouer ».

« Je suis pour la culture des ‹ hommes blancs archaïques › », a affirmé Rhys-Davies, qui partage son temps entre sa résidence de Los Angeles et l’île de Man. « Un trop grand nombre de gens ne comprennent pas à quel point la civilisation occidentale est précaire et à quel point elle est précieuse. C’est d’elle que nous avons obtenu la vraie démocratie. C’est elle qui nous a permis d’atteindre ce niveau de tolérance qui fait que je peux dire quelque chose qui puisse être totalement à l’opposé de ce que vous pensez. J’enterre tellement ma carrière avec ces interviews que c’en est douloureux. Mais je pense qu’il y a certaines questions qui demandent des réponses sincères. »

Le BNP a reproduit certains de ses propos sur son site Internet, en proposant aux gens de les imprimer et de les distribuer lors des séances de projection du « Seigneur des Anneaux ».

Le leader du BNP Nick Griffin s’est hier expliqué sur l’utilisation des paroles de Rhys-Davies dans leur brochure « Debouts, hommes d’Occident », dont il a affirmé qu’elle était très populaire chez les cinéphiles de la région des Valleys, dans le sud du Pays de Galles.

« Ce n’est pas un raciste au vrai sens du terme, et nous non plus », dit-il. « Il nous semble juste que ses vues concordent avec notre message, puisque les commentaires qu’il a émit lors de l’interview reflètent aussi nos opinions. »

Rhys-Davies a dit qu’il était « perturbant de se retrouver dans un tract du BNP », ajoutant « mais à la réflexion, ces gens ne peuvent pas nuire beaucoup si on ne leur en laisse pas l’occasion ».

Les opinions exagérées de l’acteur ont été critiques par l’agent publicitaire de la Tolkien Society, Ian Collier: « La Tolkien Society n’est pas une organisation politique, et nous ne pouvons fermer les yeux sur l’utilisation de l’œuvre pour soutenir des messages incitant à la haine raciale, tout comme Tolkien lui-même était fermement opposé à l’utilisation de la mythologie nordique par les Nazis. Il existe des documents attestant que Tolkien n’était pas d’accord avec ces positions, et cela nous attriste d’assister à ce genre de déformation de son message. »

Les opinions de l’acteur ont été accueillies avec un grand mépris par le parlementaire de la ville d’origine de Rhys-Davies, Ammanford. « J’accuse ces réflections d’être racistes et mal renseignées », dit Adam Price, parlementaire du Plaid Cymru [4] pour le Carmarthenshire. « Il est évident que cet homme qui vit maintenant dans le plus grand luxe à Hollywood est coupé des réalités de la société européenne actuelle. Son attaque visant les Musulmans et les commentaires à propos de la menace qu’ils représenteraient pour la société occidentale montre son ignorance des évènements mondiaux et des vrais enseignements de l’Islam. Les gens d’Ammanford vont être très déçus par cet homme qui a des liens si proches avec leur ville. »

Hier soir, Mohammed Javed, président de la Société Musulmane pour le Pays de Galles, déclara ceci : « Nous voulons des excuses. Cela pourrait soulever de la haine raciale dans la société. C’est de l’ignorance, il devrait étudier plus l’Islam et les religions avant de faire de tels commentaires. Ses propos sont basés sur son ignorance et rien d’autre. »

Le chef exécutif de l’Awema (Association des minorités ethniques du Pays de Galles), Naz Malik, est d’accord : « Je ne sais pas pourquoi il a dit de telles choses. Si dans 16 ans 50% des jeunes vivant en Hollande sont musulmans, et alors ? En Grande-Bretagne, la race qui croît le plus rapidement, c’est la race métissée, celle des gens possédant un double héritage. C’est à fêter, que nos cultures soient mélangées. Nous vivons dans une société globalisée – nous célébrons ce qui est bon dans les cultures et récusons ce qui est mauvais dans les civilisations. N’écoute-t-il jamais que de la musique européenne ? Mange-t-il parfois indien ? Apprécie-t-il d’autres arts que ceux de l’Europe ? Je me sens triste pour cet acteur, parce qu’il doit se sentir très mal dans sa peau vis-à-vis du futur. Je me sens navré de son peu d’ouverture d’esprit. »

Ian Titherington, des Amis Gallois de Searchlight [5], accuse le BNP d’avoir détourné les propos de l’acteur : « La Trilogie de l’Anneau de Tolkien est généralement considérée comme étant la meilleure histoire de Fantasy jamais écrite. Essayer de marquer des points grâce à une adaptation cinématographique d’une œuvre de Fantasy montre à quel point le BNP est désespéré ».

HIER SOIR nous avons eu une discussion avec John Rhys-Davies, depuis sa maison d’Hollywood, et lui avons demander de défendre ses opinions. Voici ce qu’il nous a dit…

Je crois en l’égalité raciale, pas en la discrimination raciale. Tout ce que j’ai dit, c’est qu’il y a un changement culturel que je considère inacceptable en train de se produire en Europe.

Le fait qu’un ministre du gouvernement français ait à se rendre au Caire et y parler avec l’une des éminences religieuses dans une mosquée pour obtenir son approbation au sujet de l’interdiction du foulard [dans les écoles] peut être vu de deux façons [6].

La première, c’est de considérer cela comme la preuve d’une magnifique sensibilité culturelle. L’autre, c’est d’estimer que cela semble donner une certaine autorité à une personnalité qui n’est absolument pas élue et qui est totalement en dehors de la juridiction européenne.

Je suis vraiment fier de vivre dans une société qui considère les femmes comme égales des hommes, et dans laquelle le discours courtois permet aux gens de soutenir des opinions différentes sans pour autant en venir à la violence.

Lorsque ce tremblement de terre est récemment survenu en Iran [7], la réaction de toutes les personnes de ma connaissance ici en Amérique fut l’horreur et le désarroi ; lorsqu’ils ont entendu l’histoire de cette vieille femme retrouvée vivante longtemps après, alors qu’on pensait qu’il n’y avait plus personne, leur réaction a été d’admirer l’extraordinaire capacité de l’humain à survivre. Cela contraste avec ces gens sautillant de joie et applaudissant le drame du 11 septembre dans certains pays.

Je ne pense pas que la société occidentale soit opposée à la société islamique. Je pense que c’est une part très importante de la société islamique qui est opposée à la société occidentale. Il est temps que le musulman lambda ait le courage de ses opinions.

La plupart des sociétés peuvent bénéficier du brassage génétique, mais la plupart des cultures se tolèrent l’une l’autre. Je ne vois pas de bouddhistes jeter des bombes dans les églises chrétiennes, je ne vois pas de chrétiens faire sauter les temples hindous, je ne vois pas ce genre d’affrontements.

Lorsque nous sommes prêts à fermer les yeux sur certaines choses pour ne pas jouer les trouble-fête, nous avons tort. La plus grande forme de racisme, c’est de se dire que les autres gens ne sauront pas se comporter selon vos valeurs et vos normes. Oui, je suis pour la culture « des hommes blancs archaïques ». Elle est sacrément bonne, sacrément superbe et extraordinaire. Ce n’est pas que je veuille exclure les autres cultures, mais je ne veux pas déprécier la mienne.

Je suis désolé si certains perçoivent cela comme enfreignant une sorte de tabou racial, ce n’est certainement pas mon intention. Nous sommes en train de perdre la capacité de pouvoir discuter des choses et d’avoir un débat valable.

Je ne veux pas connaître une société dans laquelle mes petites-filles, si j’en ai un jour, se voient arracher les ongles parce qu’elles ont mis du vernis. J’espère que mes parents et amis au Pays de Galle ne seront pas choqués de ce qu’ils vont lire. Ne m’étiquetez pas raciste, parce que je ne le suis certainement pas. Mais je maintiendrais à ceci : L’Europe occidentale, l’Europe chrétienne possède des valeurs et une expérience qui valent d’être défendues.

_______________

Pas vraiment Sean Penn
5 Mars 2004

Andrew Leigh, National Review

John Rhys-Davies, sans censure.

LOS ANGELES – Une autre cérémonie de remise des Oscars vient d’avoir lieu. Si vous êtes comme moi, vous aurez passé une bonne partie de la soirée assis au bord de votre siège, à prier silencieusement qu’aucun des lauréats ne se lance dans une tirade gauchiste remplie de platitudes avisées du genre « La guerre n’est pas la solution » (à quoi, au fait ?)

Hollywood est souvent perçue comme une ville de centre-gauche, et c’est correct. Il y a cependant quelques âmes courageuses prêtes à nager à contre-courant.

L’une d’entre elles était dans le film qui a raflé le plus d’Oscars dimanche soir. Il s’agit de John Rhys-Davies, qui jouait Gimli dans Le Seigneur des Anneaux – ainsi que Sallah dans les films d’Indiana Jones, en plus de beaucoup d’autres rôles. Ses récents commentaires concernant la marche du monde ont mis le feu à une brûlante polémique dans sa région natale de Grande-Bretagne.

Plutôt que de partir en campagne contre le réchauffement climatique, le Sida, pour la paix mondiale ou quelque autre cause à la mode, comme la plupart de ses collègues sont enclin à le faire, l’acteur gallois a choisi pour cheval de bataille la crise démographique croissante de l’Europe.

Il fait aussi régulièrement l’éloge du Président George W. Bush et de sa guerre contre le terrorisme, y compris l’invasion de l’Irak. « Il y a au moins quatre ou cinq [hauts fonctionnaires de l’administration Bush] qui ne dépareraient pas aux côtés des Pères Fondateurs », dit-il. C’est un discours blasphématoire en Europe comme à Hollywood.

Lors d’une récente interview tenue dans un café à l’européenne près des Studios Universal à Hollywood, Rhys-Davies plaisante à propos de sa franchise, avançant avec un rire qui trahit un peu de nervosité : « Chaque fois que j’ouvre la bouche, je me suicide peut-être professionnellement. »

Mais il ne se tait pas, déclarant catégoriquement, « je pense que l’Islam radical a déclaré la guerre à l’occident. »

« Je ne mets pas en question la droiture des musulmans » dit-il, ajoutant qu’il en admire et respecte beaucoup. Mais « les groupes islamistes radicaux contrôlent, manipulent et façonnent les attitudes des musulmans à travers l’Europe ». Et Rhys-Davies redoute que leur culture, en raison de leur supériorité démographique, ne finisse par submerger et supplanter les cultures indigènes de l’Europe.

Les Européens ont de moins en moins d’enfants, tandis que les populations immigrées, principalement musulmanes, croissent beaucoup plus rapidement. Un peu partout en Europe, les taux de fertilité européens ont tellement chuté qu’ils sont passés en dessous du niveau d’équilibre, au point que les populations commencent à rétrécir.

Si les tendances actuelles se poursuivent, dit Rhys-Davies, « la population de l’Allemagne à la fin du siècle sera réduite à 56% de ce qu’elle est maintenant. La population de la France pourrait décliner jusqu’à 52% de son niveau actuel ».

Pendant ce temps, les immigrés musulmans ont des bébés à un rythme bien plus rapide, de sorte qu’à terme, ils pourraient devenir majoritaires sur le continent.

« L’année dernière, 56% pour cent des bébés nés à Bruxelles étaient issus de familles musulmanes », note Rhys-Davies. « Dans les 20 à 50 ans à venir, nous allons voir deux à trois pays devenir majoritairement musulmans – la Hollande, la France, et peut-être l’Allemagne ».

Ce genre de discours, on le devine, a provoqué dans sa région des cris au “racisme” de la part de groupes de soutien aux Musulmans et de critiques gauchistes. « Nous voulons des excuses », exige Mohammed Javed, président de la Société Musulmane pour le Pays de Galles. « Ceci pourrait attiser la haine raciale dans la société. C’est de l’ignorance, il devrait en savoir plus sur l’islam (…) avant de faire de tels commentaires. »

Simultanément, le parti d’extrême droite BNP, un groupe prônant la suprématie de la race blanche, a tenter d’enrôler le message de Rhys-Davies en reprenant certaines de ses citations sur des tracts distribués lors de séances de projection du « Seigneur des Anneaux » un peu partout au Royaume-Uni. Rhys-Davies a fortement réprouvé l’action du BNP ; il fait partie du parti Conservateur, qui a lui aussi condamné le BNP.

« Il y a une catastrophe démographique en train de se produire en Europe, dont personne ne veut parler, que personne n’ose évoquer parce que nous sommes si soucieux de ne pas offenser les gens d’autres origines. Et nous avons raison de l’être. Mais il y a aussi un problème culturel », dit Rhys-Davies.

C’est la culture de l’Islam fondamentaliste qui inquiète le plus Rhys-Davies. « Quand je regarde l’Islam contemporain, je vois de l’homophobie, des conversions forcées, des mutilations génitales, de l’esclavage, deux millions de personnes mises à mort au Soudan en raison de leur croyances. »

Il voit également son influence dans une hideuse tendance : « Il y a une augmentation de l’anti-sémitisme en Europe sans précédent depuis les années 30 », déplore-t-il.

Selon lui, « le fondamentalisme islamique est une forme de fascisme particulièrement grossière et désagréable ». Si ce courant devenait la culture dominante en

Europe, il craint qu’il n’élimine ce qu’il y a de bon dans la culture occidentale.

« Il est facile de perdre une civilisation », avertit Rhys-Davies. « Les valeurs de la civilisation occidentale ont apporté tant de bien au monde : les notions d’égalité, de démocratie, de tolérance, l’abolition de l’esclavage… »

Rhys-Davies perçoit ces mêmes thèmes dans la trame du Seigneur des Anneaux, remarquant, « Tolkien savait qu’il vaut la peine de combattre pour la civilisation. Il y a des époques où une génération est mise au défi et doit lutter pour préserver sa civilisation de l’annihilation. »

Naturellement, certains autres acteurs du tournage ne voient pas les choses de la même façon. Viggo Mortensen, qui interprétait Aragorn dans la trilogie, arborait un T-shirt portant le slogan « No Blood for Oil » [8] durant une séquence de promotion du film dans l’émission de Charlie Rose sur la chaîne PBS.

Ironiquement, le personnage de Mortensen dans le film est un chef militaire. Et de nombreuses personnes ont établi des parallèles entre le conflit de l’histoire du Seigneur des Anneaux et la « Guerre contre le Terrorisme ». L’œil pétillant, Rhys-Davies confie qu’un ami lui a soufflé à l’oreille durant une représentation du « Retour du Roi » : « Réalise-t-il qu’il est George Bush ? »

Les conservateurs sont en effet rares à Hollywood. « Présenter un républicain à un autre à Hollywood, c’est comme la rencontre entre deux chrétiens à Rome sous Caligula », observe-t-il.

Rhys-Davies n’apprécie pas l’image du Président Bush et de l’Amérique que répandent les médias occidentaux. « Quand

Hollywood montre constamment l’occident comme faible, les militaires comme des salauds, le monde des affaires comme corrompu, cela ne peut qu’avoir une influence sur les musulmans », dit-il.

Étudiant à l’université dans les années 60, Rhys-Davies était radicalement à gauche. Il entama son revirement lorsqu’il se rendit dans une salle locale où devait s’exprimer une jeune parlementaire du nom de Margaret Thatcher. « J’y étais allé pour faire du chambard », raconte Rhys-Davies. « Mais elle a descendu les deux premiers perturbateurs d’une façon tellement brillante qu’il m’a semblé que, pour une fois, je ferais mieux de me taire et d’écouter ».

C’était le début de la transformation qui le vit finalement devenir conservateur. Le père de Rhys-Davies était fonctionnaire colonial, mais issu de la classe ouvrière impécunieuse et socialiste. Il passa une grande partie de son enfance en Tanzanie, où son père était en poste.

Il raconte, « alors que j’étais enfant, mon père m’a un jour montré un dhow dans le port de Dar-es-Salam et m’a dit, « Tu vois ce dhow là ? Il vient d’Aden deux fois par an. Il fait escale ici puis poursuit vers le sud. En descendant la côte, il contient des machines et du fret. En remontant, il transporte deux ou trois gamins noirs. Ces enfants sont des esclaves. Et les Nations Unies ne me laissent rien faire à ce sujet. »

Rhys-Davies dit aussi que son père avait prédit la situation actuelle, en déclarant à son fils « La prochaine guerre mondiale se combattra entre l’Islam et l’Occident. Et ceci se déroulera durant ta vie. »

— Andrew Leigh est un scénariste vivant à Los Angeles.

___________________________

Notes:

[1] Référence à la rhétorique martiale de Kipling à l’orée de la Première Guerre Mondiale, notamment au poème d’août 1914 « For all we have and are », For all we have and are, For all our children’s fate, Stand up and take the war. The Hun is at the gate! (…) ») par lequel il exhortait ses concitoyens à réagir, la Belgique venant de voir subir l’agression allemande. Le Hun qui est à la porte, c’est bien entendu le Boche.

[2] Petit bateau arabe à une voile

[3] dead white male” culture : “dead white males” est une expression péjorative utilisé habituellement pour faire référence à l’école de pensée ou de pédagogie traditionnelle qui soulignait l’importance des grands penseurs, écrivains, scientifiques et explorateurs européens, supposément au détriment d’autres groupes (les femmes, les non-européens,…)

[4] Le Plaid Cymru est le Parti du Pays de Galles.

[5] « Searchlight» (« Projecteur ») est le nom d’un magazine britannique anti-fasciste, qui a fait du BNP sa bête noire…

[6] Référence à l’entretien de Nicolas Sarkozy avec l’Imam de la mosquée d’Al Azhar fin décembre 2003… Voir par exemple ici.

[7] Tremblement de terre du 26 décembre 2003 à Bam, Iran. Voir ici.

[8] « Pas de sang [versé] pour le pétrole », slogan des opposants à la campagne d’Irak. Comme on peut le voir ci-dessus, Viggo Mortensen semble féru de slogans pacifistes et de T-shirts faits maison!🙂