Aujourd’hui, je vous propose la traduction d’un texte de fjordman, un scandinave qui, s’il ne met plus son blog à jour, écrit toujours beaucoup – pour le Brussels Journal, pour Gates of Vienna, pour Jihad Watch entre autres. D’autres articles de cet auteur sont dans ma liste de trucs-à-traduire-dès-que-j’ai-le-temps…

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Qui nous sommes, qui sont nos ennemis – le prix de l’amnésie historique

« Le jihad, la guerre islamique dite sainte, a été un fait persistant en Europe, en Asie, en Afrique et au Proche et Moyen-Orient pendant plus de 1300 ans, mais ceci est la première histoire des guerres musulmanes en Europe à trouver le chemin des éditeurs. En revanche, des centaines d’ouvrages ont été consacrés à son équivalent chrétien, les croisades, que l’on compare souvent au jihad, bien qu’elles aient duré moins de deux siècles et, contrairement au jihad d’ambition universelle, se soient largement, mais pas absolument, limitées à la Terre sainte. En outre, les croisades sont terminées depuis plus de 700 ans, alors que le jihad reste une réalité du monde d’aujourd’hui. Le jihad est la guerre la moins documentée et la plus négligée de l’histoire. En fait, elle a été en grande partie carrément ignorée. L’Encyclopædia Britannica, par exemple, consacre 80 fois plus d’espace aux croisades qu’au jihad. »

Cette citation est tirée du livre de Paul Fregosi, Jihad in the West [Jihad en Occident], datant de 1998. Monsieur Fregosi trouva bien difficile, dans les années ’90, de faire publier ce livre racontant l’histoire de la guerre sainte islamique en Europe entre le VIIème et le XXème siècle : l’affaire Salman Rushdie était alors encore fraîche dans la mémoire des éditeurs.

Quelques années plus tard, un livre encore plus complet vit le jour, The Legacy of Jihad [L’Héritage du Jihad]. Andrew G. Bostom, son auteur, y traite notamment de ce qu’il appelle « la première guerre de l’Amérique contre le terrorisme ».

Thomas Jefferson et John Adams, alors respectivement ambassadeurs américains auprès de la France et de l’Angleterre, rencontrèrent l’ambassadeur Tripolitain Sidi Haji Abdul Rahman Adja à Londres en 1786. Ces deux futurs présidents essayaient de négocier un traité de paix qui épargnerait aux Etats-Unis les ravages de la piraterie jihadiste – les opérations de massacre et de capture d’esclaves provenant de ce que l’on nommait à l’époque les États Barbaresques, qui correspondent aujourd’hui au littoral de l’Afrique du Nord depuis le Maroc jusqu’à la Libye, en passant par l’Algérie et la Tunisie.

Andrew Bostom observe qu’ « un jihad offensif était déjà mené contre les États-Unis près de 200 ans avant que ceux-ci ne deviennent une puissance internationale dominante au Moyen-Orient. » Israël n’a donc rien à voir là-dedans.

La piraterie jihadiste était une activité de la Côte des Barbaresques qui s’était poursuivie depuis le tout début de l’expansion arabo-islamique, au VIIème – VIIIème siècle. Francisco Gabrieli explique : « Selon la conception actuelle des relations internationales, de telles activités équivalent à de la piraterie, mais elles correspondent parfaitement au jihad, un devoir religieux islamique. La conquête de la Crête, en Orient, et une bonne partie des campagnes corsaires le long des côtes provençales et italiennes, en Occident, comptent parmi les exemples les plus manifestes de telles ‹ initiatives privées › qui ont contribué à la domination arabe en Méditerranée. »

On trouve l’un des prototype de ces razzias musulmanes dans l’expédition navale qui, en 846, vit une flotte jihadiste arabe atteindre l’embouchure du Tibre, le remonter jusqu’à Rome, piller la cité, et emporter tout l’or et l’argent que contenait la basilique Saint Pierre.

Aux XVIème et XVIIème siècles, il y eut autant d’Européens capturés, réduits en esclavage et vendus par les corsaires barbaresques que d’Africains faits captifs et expédiés par les négriers européens depuis l’Afrique de l’Ouest vers les plantations des Amériques. Le dénombrement méthodique effectué par Robert Davis indique qu’entre un million et un million deux cent cinquante mille chrétiens d’Europe furent réduits en esclavage par les musulmans des Barbaresques entre 1530 et 1780.

Captifs en Barbarie, le compte rendu remarquable fait par Giles Milton des aventures du mousse cornouaillais Thomas Pellow capturé par les corsaires barbaresques en 1716, montre comment les razzias jihadistes s’aventuraient jusqu’en Angleterre [page 13 de l’édition anglaise, « Une fois venue la fin de l’épouvantable été de 1625, le maire de Plymouth estima à 1000 le nombre d’esquifs détruits, et à environ le même nombre les villageois emmenés en esclavage »], jusqu’au Pays de Galles, jusqu’au sud de l’Irlande [page 16 de l’édition anglaise, « En 1631 […] 200 soldats musulmans firent voile vers le village de Baltimore, débarquèrent en furie, l’épée tirée, et prirent le village totalement par surprise. [Ils] enlevèrent 237 hommes, femmes et enfants et les emmenèrent à Alger […] Le prêtre français Pierre Dan était dans la ville [Alger] à cette époque […] Il fut témoin de la vente aux enchères des prisonniers sur le marché des esclaves […] Les femmes étaient séparées de leur époux et les enfants de leur père […] un mari était vendu d’un côté; sa femme d’un autre ; et sa fille fut arrachée des bras de sa mère sans aucun espoir qu’ils se revoient jamais. »], et même jusqu’à Reykjavik, en Islande !

Bostom constate que « en juin et juillet 1815, les forces navales américaines, menées avec compétence, assénèrent une série rapide de défaites écrasantes à leurs adversaires jihadistes des Barbaresques. Ce succès attisa l’envie des puissances de l’Ancien Monde de se soulever contre les pirates de Barbarie. »

Pourtant, certains arabes semblent regretter le bon vieux temps où ils pouvaient soutirer de l’Occident le paiement de la jizya [1]. Le leader libyen Mouammar al-Kadhafi a déclaré qu’il pensait que les pays européens devraient payer chaque année 10 milliards d’euros à l’Afrique pour l’aider à éviter que des flots d’émigrants à la recherche d’une vie meilleure ne se déversent au nord, en Europe. Il a aussi ajouté, sans plus de précisions : « La Terre appartient à tout le monde. La raison pour laquelle ils [les jeunes Africains] émigrent vers l’Europe… – c’est aux Européens de résoudre cela. »

C’est non seulement un exemple clair de la façon dont l’immigration, ou plutôt le déversement de population par les pays du Tiers-monde, est devenu un moyen de chantage au XXIème siècle, mais c’est aussi une régression, un retour à l’époque où Tripoli extorquait des fonds à l’Europe.

Les Américains ont malheureusement oubliés les leçons de ce fier chapitre de leur histoire, de leur refus de payer rançon aux musulmans comme le faisaient les Européens et de leur décision d’envoyer à la place des navires de guerre en Méditerranée avec la devise « Des millions pour la défense, pas un centime pour payer tribut ! » Depuis la Seconde Guerre Mondiale, nous avons connu trois conflits majeurs dans la région des Balkans: Chypre, la Bosnie et le Kosovo. À chacune des ces trois occasions, les Etats-Unis sont intervenus en soutenant les musulmans. En dépit de ce fait, deux des pirates de l’air du 11 septembre ont affirmés que leurs agissements étaient inspirés par le désir de venger les souffrances des Musulmans de Bosnie.

Comme le fait remarquer Efraim Karsh, auteur du livre Islamic Imperialism: A History [Histoire de l’Impérialisme Islamique], l’Amérique est vilipendée dans le monde musulman non pas à cause d’une certaine politique, mais « parce que, en tant que puissance mondiale prééminente, elle barre la route à l’accomplissement d’un rêve séculaire, celui d’une Oumma[2] universelle ».

Selon Hugh Fitzgerald, « On doit garder à l’esprit le fait que, simultanément, certaines des atrocités imputées aux Serbes furent exagérées, et les atrocités qui leurs furent infligées furent minimisées voire tout à fait passées sous silence. Mais ce qui est le plus troublant, c’est que nul remise en contexte ne fut jamais faite : rien ne fut dit des siècles passés sous la férule musulmane.

Si de telles circonstances historiques avaient été discutées de bonne heure, les gouvernements occidentaux auraient pu comprendre et tenter d’apaiser les graves craintes suscitées par le leader musulman bosniaque, Izetbegovic, lorsqu’il écrivait avoir l’intention de créer un état islamique en Bosnie, et d’imposer la charia non seulement là-bas, mais aussi partout où les musulmans avaient autrefois dominés dans les Balkans[3]. Si le monde occidental avait montré la moindre trace de sympathie clairvoyante ou de compréhension de ce qui avait été évoqué dans l’imagination de beaucoup de Serbes (ainsi que chez les chrétiens des Balkans et de Grèce), peut-être n’aurait-on jamais vu une réaction si violente de leur part, et qu’un Milosevic n’aurait jamais accédé au pouvoir. »

En 1809, après la bataille de la colline de Cegar, le pacha turc Hourshid donna l’ordre d’utiliser les crânes des soldats serbes tués pour dresser une tour, Cele Kula, sur la route d’Istanbul. Haute de trois mètres, Cele Kula et ses 952 crânes devaient servir d’avertissement au peuple Serbe, lui rappelant ce qui l’attendait s’il s’opposait aux dirigeants musulmans. Quelques années plus tard, une chapelle fut érigée au-dessus des crânes.

De tels massacres jihadistes furent commis contre les Serbes, mais aussi les Grecs, les Bulgares et les autres non-musulmans qui se rebellèrent peu à peu contre l’Empire Ottoman au cours du XIXème siècle. Le professeur Vahakn Dadrian et d’autres ont clairement établi que le jihad avait été un facteur critique du génocide arménien au début du XXème siècle. Ce génocide que l’on doit aux Turcs aurait par la suite fourni matière à réflexion à Adolf Hitler concernant l’Holocauste : « Après tout, qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? »

Comme Efraim Karsh le fait remarquer, « en réponse aux aspirations nationalistes de leurs sujets européens, les Ottomans se lancèrent dans une orgie de carnages. La guerre d’indépendance grecque des années 1820, les soulèvements danubiens de 1848 et la guerre de Crimée qui suivit, l’explosion des Balkans dans les années 1870 – tous furent de douloureux rappels de ce qu’il en coûtait de résister au pouvoir impérial islamique. »

Dans son livre, Onward Muslim Soldiers [En avant soldats musulmans], Robert Spencer cite une lettre écrite de Bosnie en 1860 par le consul britannique par intérim à Sarajevo, James Zohrab :

« La haine des Chrétiens envers les Musulmans bosniaques est intense. Tout au long d’une période de presque 300 ans, ils [les Chrétiens] furent victimes de beaucoup d’oppression et de cruauté. Pour eux, pas d’autre loi n’existait que le caprice de leurs maîtres. […] L’oppression ne peut plus se poursuivre aussi ouvertement qu’autrefois, mais il ne faut pas croire que, parce que les employés du gouvernement ne figurent généralement pas parmi les oppresseurs, les Chrétiens sont pour autant bien traités et protégés. »

Alija Izetbegovic, qui fut président de la Bosnie pendant la guerre, est mort en 2003 honoré dans le monde entier comme un leader musulman modéré. Peu fut dit dans les médias occidentaux sur le fait que, dans sa Déclaration Islamique[4] de 1970 – qui lui valu d’être emprisonné par les communistes en Yougoslavie – il préconisait « une lutte pour créer une grande fédération islamique s’étendant du Maroc à l’Indonésie et de l’Afrique tropicale à l’Asie Centrale. Le mouvement islamique devrait et doit commencer à prendre le pouvoir aussi tôt qu’il est moralement et numériquement assez fort pour, non seulement, renverser les gouvernements non-islamiques existants, mais aussi pour établir une nouvelle autorité islamique. »

Alija Izetbegovic reçut notamment de l’argent d’un homme d’affaires saoudien, Yassin al-Kadi, identifié par les USA, les Nations Unies, et l’Union Européenne comme étant l’un des pourvoyeurs de fonds des terroristes d’al-Qaïda. Evan F. Kohlmann, auteur de Al-Qaeda’s Jihad in Europe: The Afghan-Bosnian Network [Le Jihad d’al-Qaïda en Europe – la filière afghano-bosniaque], soutient que « la clef pour comprendre les cellules européennes d’al-Qaïda se trouve dans la guerre bosniaque des années 1990 ». En 1992, le gouvernement musulman bosniaque d’Alija Izetbegovic délivrait,via son ambassade de Vienne, un passeport à Oussama Ben Laden. Le Wall Street Journal rapportait en 2001 que « depuis 10 ans, les principaux leader d’al Qaïda visitent constamment les Balkans, y compris Ben Laden lui-même à trois reprise entre 1994 et 1996. Ayman Al-Zawahiri, chirurgien égyptien devenu chef terroriste, a dirigé des camps d’entraînement de terroristes, des fabriques d’armes de destruction massive, des opérations de blanchiment d’argent et des réseaux de trafic de drogue à travers l’Albanie, le Kosovo, la Macédoine, la Bulgarie, la Turquie et la Bosnie. »

Samuel Huntington mentionnait déjà en 1993 dans son célèbre article « Le Choc des Civilisations », paru dans le journal Foreign Affairs, que tant les musulmans chiites d’Iran que les musulmans sunnites d’Arabie Saoudite fournissaient des hommes, des armes et des fonds considérables aux Bosniaques. Des milliers de combattants étrangers ou « moudjahiddin»[5] venus de pays islamiques se rendirent en Bosnie pour s’y battre aux côtés des musulmans locaux de 1992 à 1995, pendant la sanglante guerre civile. Nombre de ces moudjahiddin restèrent en Bosnie après la guerre, et certains y ont géré des camps d’entraînements de terroristes et ont endoctriné la jeunesse locale.

Les terroristes ont œuvré à recruter des sympathisants non-arabes, pas seulement en Bosnie mais aussi en Albanie et à travers les Balkans, ces « musulmans blancs » aux traits occidentaux qui, en théorie, peuvent plus facilement se fondre dans les villes européennes et y exécuter des attaques.

On dit que l’Arabie Saoudite aurait investi plus d’un million de dollars rien que dans la région de Sarajevo, finançant différents projets dont la construction de 158 mosquées. Le monde islamique utilise donc les Balkans comme plate-forme de lancement du jihad contre le reste de l’Europe et l’Occident. « Il y a des centres religieux en Bulgarie qui appartiennent à des associations islamiques financées principalement par des groupes d’Arabie Saoudite », prévient le chef des services de renseignement de l’armée bulgare. Selon lui, ces centres se trouveraient dans le sud et le sud-est de la Bulgarie, là où se concentre la population musulmane du pays, essentiellement d’origine turque, et ils « ont des liens avec des organisations similaires au Kosovo, en Bosnie et en Macédoine. Pour eux, la Bulgarie semble être un point de transit vers l’Europe de l’ouest ». Il affirme que des mesures ont été prises pour éviter que des groupes terroristes ne prennent pied en Bulgarie, qui a une frontière commune avec la Turquie. La minorité turque représente 10% de la population bulgare.

L’ex-république yougoslave de Macédoine a voté une loi autorisant la population d’origine albanaise à hisser le drapeau national albanais dans les zones où elle est majoritaire. Cette décision fut le résultat de sept mois d’importants combats en 2001 impliquant des séparatistes albanais, et fait partie des mesures d’ « amélioration des droits des albanais » prises sous la pression de l’Union Européenne, toujours prête à satisfaire les musulmans.

La population d’origine albanaise représente environ 25% de la population macédonienne. Si les tendances démographiques suivent celles observées au Kosovo, où les Albanais – majoritairement musulmans – se sont reproduits de telle manière que leur nombre dépasse maintenant celui de leurs voisins non-musulmans, les Macédoniens pourraient faire face à de sérieux problèmes dans un futur proche [6]. Au Kosovo, des dizaines d’églises et de monastères ont été détruits ou gravement endommagés suite à l’épuration ethnique des serbes chrétiens, le tout sous la protection des soldats de l’OTAN.

Dans un texte intitulé « Avons-nous bombardé le mauvais camp ? », Lewis MacKenzie, ex-commandant canadien de la FORPRONU, écrit : « Les Albanais du Kosovo ont joué sur nous comme sur un Stradivarius. Nous avons financé et soutenu indirectement leur campagne pour l’indépendance d’un Kosovo ethniquement pur. Nous ne leur avons jamais reproché d’être responsables des violences du début des années 90, et nous continuons de les dépeindre comme les victimes d’aujourd’hui, malgré les preuves du contraire. Quand ils auront atteint leur objectif d’indépendance, aidés par les dollars de nos impôts ajoutés à ceux de Ben Laden et d’Al-Qaïda, on peut imaginer quel signal d’encouragement ce sera pour les autres mouvements indépendantistes du monde entier soutenus par le terrorisme ! »

Martti Ahtisaari, ancien président de la Finlande et maintenant négociateur en chef des Nations-Unies pour le Kosovo, provoqua la colère en Serbie lorsqu’il déclara que « les Serbes sont coupables en tant que peuple », sous-entendant par là qu’ils auraient à payer pour cela, peut-être en perdant la province du Kosovo qui cherche l’indépendance.

Je ne suis pas d’accord avec monsieur Ahtisaari. C’est une chose de critiquer la brutalité du régime de Milosevic. C’en est une autre d’affirmer que « les Serbes sont coupables en tant que peuple ». S’il y a une entité qui, dans les Balkans, peut être qualifiée de « coupable en tant que peuple », il s’agit des Turcs, pas des Serbes. Les Turcs ont pendant des siècles laissé une piste sanglante à travers une bonne partie de l’Europe et de la Méditerranée, culminant avec le génocide arménien au début du XXème siècle – que la Turquie refuse d’ailleurs toujours de reconnaître, sans même parler de présenter ses excuses.

Dimitar Angelov explique l’impact du jihad ottoman sur les populations vaincues des Balkans: « La conquête de la péninsule balkanique que les Turcs ont menée à bien en quelques 200 ans a été la cause de la ruine incalculable de biens matériels, d’innombrables massacres, de l’asservissement et de l’exil d’une grande partie de la population – en un mot, d’une baisse générale et prolongée de la productivité, comme cela avait déjà été le cas pour l’Asie Mineure lorsqu’elle fut occupée par les mêmes envahisseurs. Ce déclin de la productivité est d’autant plus frappant si l’on se souvient qu’au milieu du XIVème siècle, au moment où les Ottomans commencent à prendre pied dans la péninsule, les états qui y existent – Byzance, la Bulgarie et la Serbie – connaissent un niveau de développement économique et culturel plutôt élevé. […] Les campagnes de Murad II (1421 – 1451) et, plus encore, celles de son successeur Mehmet II (1451-1481) en Serbie, en Bosnie, en Albanie et dans les provinces byzantines du Péloponnèse furent particulièrement dévastatrices. »

Cette tradition jihadiste ottomane est encore de nos jours entretenue par la Turquie « laïque ». Michael J. Totten fit la visite de Varosha, la ville-fantôme de Chypre, en 2005. La ville, évacuée durant l’invasion turque de Chypre en 1974, est maintenant séparée du monde par une clôture et l’occupants turc patrouille dans ses rues. Les Turcs se sont taillés une partie de l’île. Les chypriotes grecs citoyens de Varosha s’attendaient à rentrer dans leur foyer après quelques jours. Au lieu de cela, les Turcs s’emparèrent de la ville désertée et la ceignirent de clôtures et de barbelés.

En mars 2006, l’Italien Luigi Geninazzi présenta un rapport concernant cette même zone. 180.000 personnes vivent dans la partie nord de l’île, 100.000 d’entre elles sont des colons venus de Turquie.

Selon Geninazzi, l’islamisation du nord de Chypre est concrétisée par la destruction de tout ce qui était chrétien. Yannis Eliades, directeur du Musée Byzantin de Nicosie, évalue à 25.000 le nombre d’icônes qui ont disparu des églises dans la zone occupée par les Turcs. D’extraordinaires églises byzantines et romanes, d’impressionnants monastères, des mosaïques et des fresques ont été pillés, profanés, et détruits. Nombre de ces endroits ont été transformés en restaurants, en bars et en boîtes de nuit.

Geninazzi a confronté Huseyn Ozel, porte-parole du gouvernement de l’auto-proclamée République turque de Chypre du Nord, avec tous ces faits. La plupart des mosquées se trouvant en territoire chypriote grec ont été restaurées. Alors pourquoi des églises sont-elles, de nos jours encore, transformées en mosquées ? Le fonctionnaire chypriote turc écarte les bras : « C’est une coutume ottomane… »

On peut peut-être pardonner à une personne originaire de Finlande, l’un des pays les plus nordiques d’Europe, qui a eu très peu d’expérience directe du jihad, d’en avoir une si piètre compréhension. Mais des gens de Russie, pays qui vécut à une époque sous le joug tatar, devraient être plus avisés. Alors pourquoi les Russes aident-ils la République Islamique d’Iran en lui livrant de la technologie permettant de fabriquer des missiles nucléaires qui finiront par être utilisée pour intimider l’Occident ? Les Russes sont-ils assez naïfs pour croire que le fauve ne voudra pas, ensuite, pour les mordre eux aussi ? Le Sunday Telegraph a aussi révélé que l’Iran entraîne en secret les rebelles tchétchènes à l’emploi de techniques terroristes sophistiquées qui leur permettrait de mener des attaques plus efficaces contre les forces russes.

À l’époque de l’Union Soviétique, l’islam était sous contrôle, mais depuis l’effondrement du système en 1991 il connaît une renaissance, aidé et financé par le Moyen-Orient. La ré-islamisation de l’Asie Centrale devrait vraiment inquiéter les Russes. Ils dépensent des centaines de millions de dollars pour sécuriser leurs frontières dans cette région, notamment pour éviter d’être submergés démographiquement par les musulmans. Mais le problème existe aussi au sein même de la Russie.

La population non-musulmane de la Russie est en déclin, mais la population des régions musulmanes est en augmentation. Le pays appelé « Russie » existera-t-il toujours dans le futur ? Et si c’est le cas, sera-ce la Russie de Pouchkine ou celle d’Abdullah ? On peut comprendre que les Russes entretiennent l’ambition d’être une grande puissance. Cependant, on espérerait qu’ils se réveillent, qu’ils se souviennent de leur histoire et réalisent qu’il y a des menaces pires que celle posée par la puissance américaine.

Paul Fregosi fait remarquer que « La colonisation occidentale des terres musulmanes voisines a duré 130 ans, depuis les années 1830 jusqu’aux années 1960. La colonisation musulmane des terres européennes voisines a duré près de 1300 ans, depuis les années 600 et quelques jusqu’au début du vingtième siècle[7]. Et pourtant, étrangement, ce sont les musulmans, les Arabes et les Maures pour être précis, qui sont les plus amers quant au colonialisme et aux humiliations subies ; et ce sont les Européens qui entretiennent en eux la honte et la culpabilité. Cela devrait être l’inverse. »

Janos Hunyadi (Jean Corvin), militaire et régent hongrois, est aujourd’hui quasiment inconnu hors de Hongrie, alors qu’il en a probablement fait plus que tout autre pour endiguer l’invasion turque au XVème siècle. Ses activités ont couvert l’ensemble des pays balkaniques, il a conduit des armées internationales, négocié avec les rois et les papes. Hunyadi est mort de la peste après avoir détruit la flotte ottomane devant Belgrade en 1456. Son œuvre a ralenti la progression musulmane, et a peut-être évité à l’Europe occidentale de choir dans l’islam. Par extension, il a probablement aidé à sauver la civilisation occidentale d’Amérique du Nord et d’Australie également. Et pourtant, quasiment personne en Occident ne le connaît. Nos enfants n’apprennent pas son nom, on ne leur enseigne que les maux du colonialisme occidental et les dangers de l’islamophobie.

L’Europe occidentale est aujourd’hui un mélange étrange et très dangereux de prétention et de dégoût d’elle-même. Les musulmans créent le chaos et attaquent leurs voisins non-musulmans jusqu’en Thaïlande et en Inde. Il est extrêmement arrogant de croire que le résultat sera différent aux Pays-Bas, en Angleterre ou en Italie, ou d’ailleurs aux Etats-Unis ou au Canada, de ce que l’on a pu observer partout ailleurs. Il ne le sera pas. Si nous avions eu l’humilité d’écouter les conseils des Hindous d’Inde ou même de nos cousins chrétiens du sud-est de l’Europe, nous n’aurions pas les ennuis que nous connaissons maintenant.

D’autre part, si nous ne cultivions pas autant l’auto-dénigrement, tournant nos propres traditions culturelles en ridicule au profit d’un cocktail multiculturel dénué de sens, nous n’aurions probablement pas non plus ouvert les portes à une immigration musulmane massive. Il n’y a pas de contradiction entre le fait d’être fier de son propre héritage culturel et celui de savoir qu’il y a peut-être des leçons à apprendre des autres. Un homme éclairé peut faire les deux. Les Occidentaux de notre époque ne font ni l’un, ni l’autre. Il y a quelques 2500 ans, Sun Tzu, un contemporain du grand penseur chinois Confucius, rédigea L’Art de la guerre, un ouvrage de stratégie militaire. Ce livre mérite d’être lu en entier, mais en voici le passage peut-être le plus célèbre:

Il est ainsi dit que si tu connais à la fois tes ennemis et toi-même, tu ne seras jamais mis en péril même à travers cent batailles; si tu connais tes ennemis mais que tu ne te connais pas, tu gagneras une bataille et en perdras une autre; et si tu ne connais ni tes ennemis ni toi-même, tu seras en péril dans toutes les batailles que tu livreras.

L’Occident a oublié qui sont ses ennemis, mais, et c’est bien pire, il a aussi oublié qui il est. Nous devrons payer le prix fort pour cette amnésie historique.


[1] Jizya : impôt que devaient payer les dhimmis (juifs, chrétiens, zoroastriens) vivant en terre d’Islam.

[2] Oumma : désigne la communauté des musulmans au delà de leur nationalité et de la parcellisation des pouvoirs politiques qui les gouvernent.

[3] Pour une version en anglais de la « Déclaration Islamique » d’Izetbegovic (1970, ré-imprimée en 1990) , voir ici ; pour quelques extraits en français, ici.

[4] Voir note précédente.

[5] Un moudjahid (mot arabe, forgé sur la même racine que jihad) désigne un guerrier combattant pour l’islam. Moudjahiddin est sa forme plurielle.

[6] http://www.diploweb.com/forum/chenu2.htm : « (…) L’évolution démographique dans les Balkans suit les tendances générales de la population en Europe, mais en les aggravant. Le nombre des habitants y diminue plus vite qu’ailleurs sur le continent. Alors qu’en Europe le taux de fécondité est d’environ 1,4 enfant par femme, dans les huit pays considérés ce taux est inférieur à 1. Sauf au Kosovo où une Albanaise donne naissance à trois ou quatre enfants ! Et, cette exception démographique devrait durer autant que la situation de pauvreté. Une simple projection mathématique indique que le pourcentage des albanophones en Serbie et en Macédoine – qui approche 21 % en 2003 – pourrait atteindre 36 % en 2030. Si les institutions politiques ne s’adaptent pas à cette évolution de fond, la région pourrait alors connaître de nouvelles et fortes turbulences. (…) »

[7] Le livre de Paul Fregosi dit en fait « jusqu’au milieu des années 1960 », mais je pense qu’il y a une coquille dans le texte, ne voyant pas bien à quoi cette date fait référence. Il se pourrait bien qu’il faille en fait lire « au milieu des années 1910 », puisque c’est à cette époque que l’Empire Ottoman perdit ses dernières possessions dans les Balkans.