Voici une série de textes que j’ai récemment traduit pour Richard Landes, une partie de son site The Second Draft qui concerne les différentes explications potentielles de la mort du petit Mohammed al-Dura. Rappellons que cette affaire fait toujours l’actualité, et que Richard Landes a récemment mis en ligne la version française de son court-métrage “Al-Dura, la naissance d’une icône“.

______________

Introduction aux cinq scenarii

Il y a cinq manières principales d’expliquer les images que Talal abu Rahma a prises de Mohammed et Jamal al Dura au carrefour de Netzarim. Quatre d’entre elles supposent que l’enfant a effectivement été tué par balles. Le premier scénario que nous envisageons, celui de l’enfant abattu délibérément par les israéliens, est celui que Talal et Jamal ont soutenu. Le second, selon lequel l’enfant a été accidentellement tué par les israéliens, est celui que beaucoup de gens – acceptant la majeure partie du récit des témoins oculaires, mais pas son entièreté – trouvent le plus plausible. Les troisième et quatrième scénarii, qui parlent de tirs venus accidentellement ou non du côté palestinien, reflètent une meilleure connaissance de la situation, étant donné à la fois l’improbabilité que des balles israéliennes aient pu atteindre les deux personnes protégées par le baril et la probable provenance palestinienne des deux balles que l’on voit toucher le mur au dessus de leur tête sur les images filmées. Le cinquième scénario – celui de la mise en scène pallywoodienne – représente une approche complètement différente, qui remet en question l’ensemble des témoignages directs. C’est donc celui qui a semblé le moins vraisemblable à qui ne connaît pas bien les détails du dossier.

Nous soumettons ces scenarii à votre examen, avec les indices témoignant pour ou contre eux, et des liens vers les images correspondantes. Nous vous invitons à examiner les preuves et les arguments, à nous proposer le fruit de vos propres réflexions et de vos observations, et à nous transmettre votre estimation de la plausibilité de chaque scénario sur une échelle de 1 à 100: par exemple, si vous pensez qu’un scénario est très probable, vous pouvez lui donner une « cote de plausibilité » de 90% (voire plus), et, inversement, si un scénario vous semble hautement improbable, sa cote de plausibilité pourrait être de l’ordre de 10% (voire moins). Nous essaierons de tenir cette page à jour en utilisant les suggestions de nos lecteurs. Merci de nous faire parvenir votre raisonnement, et non uniquement vos cotes de plausibilité – il ne s’agit pas d’un concours de popularité.

 

SCENARIO 1: LES ISRAÉLIENS ONT DÉLIBÉRÉMENT ABATTU L’ENFANT

Les partisans de l’opinion selon laquelle les Israéliens ont intentionnellement tué Mohammed al Dura se trouvent principalement dans les territoires palestiniens et le monde arabo-musulman où, grâce à un montage des images, le « meurtrier » est apparu à l’écran. Dans cette audience se trouvent des gens convaincus de l’existence d’un complot sioniste visant à éradiquer le peuple palestinien de la surface de la Terre et à réduire l’humanité en esclavage. Ils considèrent cet incident comme une confirmation de leurs soupçons et une justification de leurs réactions. Ce scénario a renforcé, pour nombre d’entre eux, leurs pires convictions et leurs pires craintes quant aux Sionistes, aux Israéliens et aux Juifs. Nombre de médias et de groupes radicaux européens ont présenté l’affaire comme étant un meurtre délibéré.

Pour:

Les principaux arguments qui supportent cette théorie proviennent des témoignages de Talal abu Rahma et Jamal al Dura, donnés à différentes occasions.

Plus précisément, Talal indique que les Israéliens auraient tiré sur le garçon et son père pendant 45 minutes. Il affirme aussi que les Israéliens ont vu le père et l’enfant et ont continué à tirer sur eux malgré tout. Talal a réitéré ces propos dans des interviews données à la BBC, à la réalisatrice allemande Ester Schapira, à la télévision israélienne et à la radio nationale. Lors de sa première déclaration officielle sous serment, il affirma que l’enfant avait été intentionnellement abattu, et son père blessé, de sang froid par l’armée israélienne.

Jamal al Dura, le père de Mohammed, a soutenu cette position dans de nombreuses déclarations et interviews, lors desquelles il déclara que les soldats israéliens l’avaient vu et avaient tiré sur lui et Mohammed à maintes reprises, même après qu’il les ait suppliés d’arrêter. Jamal a affirmé qu’il avait été touché par huit balles et Mohammed par quatre.

Les officiels palestiniens, tels que le médecin qui a examiné le corps de Mohammed et le général qui a mené l’enquête, sont également d’accord avec cette version quant à l’identité des coupables et à leur mobile.

Contre:

1. Tous les arguments donnés ici proviennent de témoins engagés dans le feu de l’action. Ces arguments ne se rapportent pas vraiment à ce qui a été observé, mais relèvent plutôt de jugements inspirés des raisons supposées des évènements. Aucune des pièces dont nous disposons ne permet de soutenir de telles accusations:

– La fusillade, au moment où nous pouvons localiser le père et l’enfant derrière le baril, est limitée et, à en juger par le comportement de certains palestiniens et de photographes qui semblent ne pas voir la nécessité de s’abriter, les tirs sont d’origine palestinienne, peut-être même tirés en l’air.

– Il n’y a qu’un plan du poste israélien qui montre une balle tirée depuis cette position, ce qui n’exclut pas qu’il y en ait eu d’autres, mais qui ne corrobore guère les affirmations de Talal.

– Aucune image de l’enfant et de son père derrière le baril ne montre de tir touchant le mur depuis la position israélienne.

2. Aucune balle israélienne n’a été récupérée

– ni sur le site

– ni dans le corps de Jamal (pour lequel on fait état de 8 blessures par balles), ni dans celui de Mohammed.

– Lorsqu’il est interrogé par Esther Shapira, Talal fait des déclarations qu’il ne peut maintenir.

3. Distance entre les Israéliens et le baril

Talal a dit qu’il y avait une distance de 150 à 300m entre l’avant-poste de l’armée et Jamal et Mohammed. Depuis la position du père et du fils, il leur était impossible de voir les soldats dans la tour à l’oeil nu; l’affirmation de Jamal selon laquelle il les a supplié d’arrêter ne signifie donc pas qu’ils aient reçu le message. Il est impossible que Jamal ait pu efficacement les supplier d’arrêter, à travers ce qui était, paraît-il, une assourdissante grêle de balles (Talal: « Je n’ai jamais vu une telle fusillade de ma vie ») et depuis une distance équivalente à deux ou trois terrains de football.

4. Mobile: Pourquoi tuer un garçon de 12 ans ?

– Que des Israéliens prennent pour cible un garçon de 12 ans n’aurait aucun sens, ni en termes de relations publiques, ni compte tenu du règlement militaire israélien qui interdit de prendre des civils pour cible. D’accord, ce sont des choses qui peuvent arriver lors d’un combat, mais rien n’appuie l’existence de tirs délibérément meurtriers de la part des soldats israéliens, qui démentent tous qu’il se soit produit quoi que ce soit de ressemblant à ce genre de tir.

– Dans une interview donnée sur un forum de discussion sur Arabia.com le 30 octobre 2000, Jamal déclara que « les Israéliens veulent tuer les enfants de moins de 16 ans, de façon à ce qu’ils ne puissent pas grandir et fonder des familles. C’est ainsi qu’ils entendent anéantir le peuple palestinien ». Cette explication constitue un exemple classique de pensée conspirationniste et ressemble beaucoup aux accusations diffamatoires de meurtre classiques, comme celle des « Juifs qui utilisent le sang d’enfants chrétiens pour pétrir leur pain azyme durant Pessah ». Si les Israéliens prennent délibérément pour cible des enfants palestiniens, pourquoi alors voit-on de jeunes Palestiniens passer nonchalamment devant la position israélienne et jeter des pierres sans craintes de représailles?

Sites qui défendent cette théorie:

Information Clearing House
The Modern Religion
http://www.cactus48.com/murder.html
http://www.aztlan.net/al_durah.htm
http://www.addameer.org/september2000/focus/dura.html
Support sanity

SCENARIO 2: LES ISRAÉLIENS ONT ABATTU L’ENFANT PAR ACCIDENT

* Ceux qui adhèrent à ce scénario: Beaucoup de gens en Occident et en Israël.

Pour ceux qui ne veulent pas accuser catégoriquement les israéliens de meurtre, c’est la version plus « soft », qui accepte les grandes lignes de l’histoire présentée par France 2, mais qui voit dans cette mort le résultat tragique d’un échange de tirs. Les images originales que France 2 a diffusées donnent l’impression d’une telle fusillade, avec le père faisant signe aux Israéliens d’arrêter. Dans cette fusillade, Israël devient le premier coupable: pour reprendre les termes de Robert Fisk, de l’Independent, « lorsque je lis l’expression ‹ échange de tirs ›, je tends la main vers mon stylo. Au Moyen-Orient, cela signifie presque toujours que les Israéliens ont tué un innocent. »

Bien qu’il laisse aux Israéliens un très mince bénéfice du doute (« Il est vrai que les soldats israéliens qui ont tué l’enfant n’ont pas pu savoir qui ils touchaient »), Fisk est typique d’un public qui, en voyant la séquence vidéo retransmise de par le monde, a supposé que les Israéliens et les Palestiniens étant en train d’échanger des tirs et qu’il était donc normal que Mohammed et son père se retrouvent pris dans la fusillade et atteints par des balles perdues israéliennes. Ce public compte beaucoup d’Israéliens. Pour la direction éditoriale de Ha’aretz, cet évènement symbolise le conflit. Même le porte-parole de l’armée concéda que les soldats israéliens auraient pu accidentellement tuer l’enfant.

Un article du Boston Globe du 13 octobre 2000, comparant les réactions à l’incident al Dura avec les lynchages de Ramallah quelques jours plus tard, montre bien comment nombre d’Israéliens voyaient l’affaire al Dura dans les semaines qui suivirent la diffusion de la séquence: « ‹ OK, nous avons accidentellement tué l’enfant à Gaza, et c’est une chose terrible. Mais personne n’a pris plaisir à ce meurtre. Personne n’en a fait une fête. [Eux], ils dansent dans le sang juif ›, dit une israélienne qui ne nous donna que son prénom, Sarit, dans un café-restaurant de Jérusalem. »

Paradoxalement, c’est le scénario le moins probant, et peut-être le plus largement admis, en tout cas aux Etats-Unis et en Israël, où les médias n’ont pas fait délibéré avec autant d’enthousiasme qu’ailleurs.

Pour:

Déclarations officielles israéliennes: des représentants officiels israéliens ont admis que leur soldats avaient répondu aux tirs [palestiniens] ce jour là, et qu’ils ont pu accidentellement atteindre l’enfant.

Échanges de tirs visibles sur les cassettes: on voit bien des échanges de tirs ce jour-là au carrefour près du baril, bien que nous ne sachions pas s’ils se déroulés pendant le laps de temps où les al Dura se tenaient derrière le baril.

Des balles israéliennes ont pu ricocher sur le mur derrière le baril: ce qui est en accord avec l’affirmation faite par Jamal dans une interview et les déclarations de l’hôpital selon lesquelles il [l’enfant] a été touché au-dessus du mamelon gauche.

Ce scénario est celui qui séduit le plus les honnêtes gens qui ne veulent pas inculper Israël de meurtre délibéré, mais acceptent l’essentiel du récit d’Enderlin, à savoir l’enfant tué par des tirs israéliens.

Contre:

Aucun témoignage explicite: les indices soutenant la thèse de l’homicide accidentel sont moins explicites que ceux pointant vers un meurtre intentionnel: aucun témoin direct de la scène ne suggère un tel scénario.

Les angles de tirs font que les tirs israéliens sont la source des blessures multiples la moins plausible: comme en témoigne le rapport officiel de l’armée israélienne édité par le commandant des forces israéliennes à Gaza à l’époque, le général Yom Tov Samia, ainsi que celui de Nahum Shahaf, le médecin chargé de l’enquête de l’IDF, la position des al Dura derrière le baril empêchait efficacement de les atteindre depuis la position israélienne.

Pas de preuves enregistrées de la fusillade: bien que l’on entende le bruit de tirs, aucune image du poste israélien ne montre les soldats en train de tirer ou d’être la cible de tirs pendant le laps de temps durant lequel les al Dura se trouvent derrière le baril. En fait, une période de 45 minutes de feu nourri, à l’arme automatique, venant des israéliens, ne correspondant aucune des séquences filmées ce jour-là.

Une photo prise à l’hôpital (vue sur France 2) montre un enfant touché au ventre: les photos prises à l’hôpital – dont on nous dit qu’elles montrent Mohammed al Dura – présentées dans le documentaire d’Esther Shapira ne montrent aucune blessure au-dessus du mamelon, et la photo filmée par Talal (rushes de France 2 du 1er octobre) montrent une blessure béante au ventre, pas à la poitrine.

La photo du baril le lendemain ne montre pas trace de balles ayant ricoché sur le baril, et il n’y a pas de cliché pris de plus près permettant de prouver cette théorie.

Sites / articles qui défendent cette théorie:

http://www.supportsanity.org
http://uttm.com/stories/2000/10/24/60II/printable243723.shtml

SCENARIO 3: LES PALESTINIENS ONT ABATTU L’ENFANT PAR ACCIDENT

* Ceux qui adhèrent à ce scénario: C’est semble-t-il la thèse favorite de nombreuses personnes qui ont suffisamment étudié les témoignages pour relever combien les scénarios 1 et 2 sont peu vraisemblables (par exemple, James Fallows) et de la plupart de ceux qui ont lu ou visionné leurs analyses. Il séduit particulièrement ceux qui ne veulent pas évoquer un scénario extrêmement troublant et politiquement incorrect (Scénario 4) ou être accusés de soutenir des théories conspirationnistes (Scénario 5). Parmi eux, on trouve quelques journalistes de la grande presse qui ont mené leur enquête, ainsi que des dirigeants juifs et israéliens. Ce scénario représente la position minimaliste de ceux qui ont examiné le matériel disponible: il est quasi-certain que les Israéliens n’ont pas causé cette mort.

Pour:

La plupart des coups de feu enregistrés semblent provenir du côté palestinien: L’AP a filmé un policier palestinien tirant depuis un emplacement situé immédiatement derrière la position des al Dura, et la blessure au ventre béante de l’enfant suggère un point de sortie d’une balle, il est donc possible que ces tirs aient touché Mohammed.

Les Palestiniens ont tendance à tirer frénétiquement, même lorsqu’ils ne peuvent voir où ils tirent, par-dessus des palissades ou au travers des trous dans les murs (voir le petit film sur Pallywood).

Les deux balles que l’on voit frapper le mur près du baril proviennent de la position palestinienne. Les tests balistiques montrent que des balles venant du secteur qu’occupaient les Israéliens ce jour-là auraient propulsé des nuages de poussière vers l’arrière du baril, mais que des balles tirées de face produiraient de petits nuages de poussière circulaires avant que le vent ne les disperse. Les deux tirs que l’on discerne, qui peuvent expliquer la terreur visible sur les visages du père et de l’enfant, viennent du côté palestinien, peut-être de la position « pita ».

Contre:

Les tirs touchant le mur de face semblent délibérés: ces deux tirs sont individuels, pas le produit d’une « fusillade sauvage à l’arme automatique », et, pour toucher le père et le fils par accident, les tireurs palestiniens auraient dû manquer leur cible de près de 90°. Jamal affirme que 8 balles l’ont atteint et que 4 ont touché Mohammed. Une ou deux balles, ce peut être un accident; douze, c’est autre chose.

Tous les signes indiquant que l’enfant n’a pas été tué: voir les arguments « contre » du Scénario 4 ou les arguments « pour » du Scénario 5.

Sites qui défendent cette théorie:

Yom Tov Samya
Esther Schapira
James Fallows

SCENARIO 4: LES PALESTINIENS ONT DÉLIBÉRÉMENT ABATTU L’ENFANT

Ceux qui adhèrent à ce scénario: Très peu de gens adoptent cette version ouvertement, bien que ceux qui connaissent bien la documentation disponible sachent que les élites palestiniennes sont prêtes à sacrifier leurs enfants et ne se préoccupent guère de considérations politiquement correctes. Les rares personnes à avoir publiquement défendu ce scénario ont subi d’importants préjudices. Parmi eux, Yoseph Dorriel, licencié peu de temps après avoir confié ses commentaires à la presse pour avoir rendu publiques des conclusions avant la fin de l’enquête, et David Kupelian (voir plus bas).

Pour:

La provenance des balles indique un dessein: les balles sont tirées depuis la position palestinienne de l’autre côté de la route et, comme le confirment les experts en balistique, ne peuvent être venues que de là. De plus, étant donné qu’il n’y avait pas d’échanges de tirs à ce moment-là et que les balles ont clairement été tirées une par une (voir discussion du scénario 3), les coups de feu devaient être intentionnels.

Signes que la séquence a été délibérément préparée:

– Les images prises par trois cameramen montrent l’enfant et son père derrière le baril bien avant le début des tirs, suggérant qu’ils n’ont pas été pris par hasard dans une fusillade, mais ont été volontairement placés là.

– La direction des balles suggère la mise en place d’un tournage (Scénario 3).

– Lors des funérailles, les proches du défunts avaient déjà des posters de l’enfant: pour cela, ils auraient dû se rendre dans sa maison de El-Bureij, y prendre une photo, la faire agrandir, copier et distribuer, tout ça en une à deux heures. Par ailleurs, sa mère affirme avoir appris sa mort par les informations de fin de journée…

Mobile: opération de relations publiques très fructueuse pour les Palestiniens. Ces images procurent aux Palestiniens un superbe prétexte à faire d’Israël un bouc émissaire, prétexte qu’ils ont rapidement exploité, avec pour résultat:

– de détruire la sympathie internationale envers Israël, comme l’illustre un article dans “The Independent (Grande-Bretagne);

– d’inciter les Palestiniens et d’autres populations arabes et musulmanes à haïr les Israéliens et à vouloir les tuer tous.

Culture du martyre chez les Palestiniens: ce scénario horrible, inconcevable pour l’égocentrisme cognitif occidental, est imaginable si l’on considère le «culte de la mort» que les Palestiniens inculquent à leurs enfants. Les plus grands honneurs sont accordés au chahid, à la fois dans le monde qu’il quitte et dans celui qu’il rejoint. Chez les Palestiniens, les enfants sont assurément instrumentalisés de façon indigne.

Contre:

Position moralement odieuse: Il est moralement difficile de défendre cette thèse. On envisage ici un comportement que nous ne pouvons imaginer même chez notre pire ennemi. Gabriel Weimmann, un professeur de l’Académie Militaire Israélienne, qui a essayé de faire démontrer à ses étudiants que les Israéliens n’ont pas commis ce meurtre, hésite à croire à ce scénario: «Peut-être même que ça a été mis en scène – bien que je ne croie pas que mon pire ennemi soit inhumain au point d’abattre un garçon pour faire sa promotion.» En prêtant foi à cette version, on risque de tomber dans le piège de la haine cynique, sans considérer les indices pointant dans une autre direction. Heureusement, nous avons une alternative crédible à cette version selon laquelle il s’agirait d’un «snuff movie»[1]. Le signe le plus convaincant allant à l’encontre de cette version réside dans le fait que l’on ne voit jamais l’enfant mourir.

Pas de sang: Talal affirme que l’enfant a saigné pendant 15 à 20 minutes d’une blessure abdominale (perte de sang qui devrait normalement s’avérer fatale), mais les cassettes ne montrent pas de sang sur le sol où il se trouve; même le lendemain, il y a du sang sous l’endroit où se trouvait le père derrière le baril, mais pas là où Mohammed était couché. Pourquoi Talal n’a-t-il pas pris ne serait-ce que quelques secondes montrant l’enfant saignant sur le sol?

Pas d’évacuation par ambulance: Étant donné la grande valeur qu’ont les images d’évacuation par ambulance et la rapidité avec laquelle les ambulances ont tendance à arriver, et le fait que nous savons qu’une ambulance était en attente juste derrière le père et l’enfant, on s’attendrait à ce qu’une séquence montrant l’évacuation des blessés soit considérée comme extrêmement précieuse. Étant donné sa position parfaite pour tourner une scène particulièrement sanglante montrant le père blessé et son fils mort, il semble incompréhensible que Talal n’ait pas une seule image de l’évacuation par ambulance. Lorsque Nahum Shahaf lui posa la question par téléphone, il répondit de manière évasive: « parce que le conducteur de l’ambulance s’est fait tirer dessus. » Interrogé sur la raison pour laquelle il n’a pas filmé cela, il expliqua: « Parce qu’il s’est fait tirer dessus avant d’atteindre l’enfant ». Ceci n’explique bien sûr pas pourquoi il n’a pas filmé l’évacuation finale de l’enfant. Enderlin rétorque à ces deux anomalies que Talal lui aurait être à court de batteries. Mais si c’était le cas, pourquoi n’a-t-il pas vidé sa caméra en filmant la scène se déroulant devant lui plutôt que de filmer plus tard une séquence d’ambulance tout à fait banale?

Aucune image de l’arrivée de l’enfant à l’hôpital: même si les batteries de sa caméra étaient vides, Talal aurait pu téléphoner pour s’assurer que l’arrivée du père et du fils à l’hôpital de Shiffa, environ une demi-heure plus tard, serait capturée sur pellicule. Mais nous n’en avons aucune image.

Aucunes balles récupérées: l’hôpital de Shiffa, en dépit du fait que deux personnes présentant, paraît-il, un total de 8 à 12 blessures par balles y auraient été soignées, n’a présenté aucune balle ni aucun fragment de balle. De même pour la police palestinienne qui inspecta le site le lendemain. Peut-être conscient que cette absence de balles fragilisait son récit, Talal dit à Esther Schapira: «Nous avons les balles, le type des balles, je les ai photographiées.» Lorsque Esther Schapira lui demande où étaient ces balles, Talal lui répondit de «consulter le général… il pourrait vous le dire.» Lorsque Schapira lui signala que le général n’avait pas ces balles, Talal, le seul employé de France 2 sur les lieux ce jour-là, déclara: «France 2 les a collectées…». «Donc vous faites un meilleur travail que les enquêteurs», lui répondit Schapira tandis que Talal comprenait que son affirmation n’avait aucune crédibilité. «Non, non, non», répliqua-t-il alors avec un sourire, réalisant que son histoire n’avait aucun sens. « nous avons quelques secrets, vous savez…dans notre… pour notre sécurité. Nous ne pouvons pas ne rien donner… tout donner.»

Sites/articles qui défendent cette théorie:

Yoseph Dorriel
David Kupelian: ici et ici

SCENARIO 5: MISE EN SCÈNE

* Ceux qui adhèrent à ce scénario:

Ce scénario était virtuellement «inimaginable» de prime abord, et il est aujourd’hui encore fréquemment mal compris par les gens, qui ont du mal à l’envisager. Il représente une approche radicalement différente de l’affaire, remettant en question l’hypothèse de base des quatre scénarii précédents, c’est-à-dire le fait que l’enfant ait été tué. Le pouvoir de suggestion, et la suspension d’incrédulité quasiment instinctive avec laquelle la plupart d’entre nous regardons les « images d’actualité » ont rendu ce scénario tellement incroyable que beaucoup de gens (y compris des membres importants des gouvernements israéliens et américains) n’ont même pas conscience de cette option. Au cours des deux dernières années, grosso modo, ce scénario a cependant été de plus en plus fréquemment adopté par ceux qui étudient le dossier attentivement.

Pour:

Tous les arguments tendant à montrer un montage et jouant contre l’hypothèse du meurtre délibéré de la part des Palestiniens sont en faveur de ce scénario.

Signes indiquant une mise en scène:

– Les images prises par trois cameramen montrent l’enfant et son père derrière le baril bien avant le début des tirs, suggérant qu’ils n’ont pas été pris par hasard dans une fusillade, mais ont été volontairement placés là.

– La direction des balles suggère la mise en place d’un tournage.

– Lors des funérailles, les proches du défunts avaient déjà des posters de l’enfant: pour cela, ils auraient dû se rendre dans sa maison de El-Bureij, y prendre une photo, la faire agrandir, copier et distribuer, tout ça en une à deux heures. Par ailleurs, sa mère affirme avoir appris sa mort par les informations de fin de journée…

Mobile: opération de relations publiques très fructueuse pour les Palestiniens. Ces images procurent aux Palestiniens un superbe prétexte à faire d’Israël un bouc émissaire, prétexte qu’ils ont rapidement exploité, avec pour résultat:

– de détruire la sympathie internationale envers Israël, comme l’illustre un article dans “The Independent (Grande-Bretagne);

– d’inciter les Palestiniens et d’autres populations arabes et musulmanes à haïr les Israéliens et à vouloir les tuer tous.

Pas de sang: Talal affirme que l’enfant a saigné pendant 15 à 20 minutes d’une blessure abdominale (perte de sang qui devrait normalement s’avérer fatale), mais les cassettes ne montrent pas de sang sur le sol où il se trouve; même le lendemain, il y a du sang sous l’endroit où se trouvait le père derrière le baril, mais pas là où Mohammed était couché. Pourquoi Talal n’a-t-il pas pris ne serait-ce que quelques secondes montrant l’enfant saignant sur le sol?

Pas d’évacuation par ambulance: Étant donné la grande valeur qu’ont les images d’évacuation par ambulance et la rapidité avec laquelle les ambulances ont tendance à arriver, et le fait que nous savons qu’une ambulance était en attente juste derrière le père et l’enfant, on s’attendrait à ce qu’une séquence montrant l’évacuation des blessés soit considérée comme extrêmement précieuse. Étant donné sa position parfaite pour tourner une scène particulièrement sanglante montrant le père blessé et son fils mort, il semble incompréhensible que Talal n’ait pas une seule image de l’évacuation par ambulance. Lorsque Nahum Shahaf lui posa la question par téléphone, il répondit de manière évasive: « parce que le conducteur de l’ambulance s’est fait tirer dessus. » Interrogé sur la raison pour laquelle il n’a pas filmé cela, il expliqua: « Parce qu’il s’est fait tirer dessus avant d’atteindre l’enfant ». Ceci n’explique bien sûr pas pourquoi il n’a pas filmé l’évacuation finale de l’enfant. Enderlin rétorque à ces deux anomalies que Talal lui aurait être à court de batteries. Mais si c’était le cas, pourquoi n’a-t-il pas vidé sa caméra en filmant la scène se déroulant devant lui plutôt que de filmer plus tard une séquence d’ambulance tout à fait banale?

Aucune image de l’arrivée de l’enfant à l’hôpital: même si les batteries de sa caméra étaient vides, Talal aurait pu téléphoner pour s’assurer que l’arrivée du père et du fils à l’hôpital de Shiffa, environ une demi-heure plus tard, serait capturée sur pellicule. Mais nous n’en avons aucune image.

Aucunes balles récupérées: l’hôpital de Shiffa, en dépit du fait que deux personnes présentant, paraît-il, un total de 8 à 12 blessures par balles y auraient été soignées, n’a présenté aucune balle ni aucun fragment de balle. De même pour la police palestinienne qui inspecta le site le lendemain. Peut-être conscient que cette absence de balles fragilisait son récit, Talal dit à Esther Schapira: «Nous avons les balles, le type des balles, je les ai photographiées.» Lorsque Esther Schapira lui demande où étaient ces balles, Talal lui répondit de «consulter le général… il pourrait vous le dire.» Lorsque Schapira lui signala que le général n’avait pas ces balles, Talal, le seul employé de France 2 sur les lieux ce jour-là, déclara: «France 2 les a collectées…». «Donc vous faites un meilleur travail que les enquêteurs», lui répondit Schapira tandis que Talal comprenait que son affirmation n’avait aucune crédibilité. «Non, non, non», répliqua-t-il alors avec un sourire, réalisant que son histoire n’avait aucun sens. « nous avons quelques secrets, vous savez…dans notre… pour notre sécurité. Nous ne pouvons pas ne rien donner… tout donner.»

D’autres indices proviennent d’un examen attentif des images des al Dura derrière le baril à notre disposition.

Nous n’avons que 59 secondes des cassettes montrant la scène du «meurtre», réparties sur 6 séquences séparées. Plutôt que de filmer de longues séquences du père et du fils pris dans la fusillade ou en train de saigner, Talal tourne de minuscules plans de quelques secondes. Voici les indices suggérant une mise en scène dans chacun de ces plans:

– Scène 1: derrière le baril: une balle est tirée depuis le côté palestinien

– Scène 2: position israélienne: pas de tir provenant de la position israélienne ou la visant

– Scène 3: signe de la main: le père regarde la camera, des gens hurlent que le garçon est mort alors qu’il est toujours bien vivant.

– Scène 4: par terre, corps recroquevillé: pas de signe de balles ayant touché l’enfant, rouge sur la jambe, le père a l’air inconscient. Avant qu’on ne voie l’image de Mohammed couché, deux doigts passent devant la caméra et semblent faire le signe « couper », ce qui est inhabituel pour une caméra de journalisme.

– Scène 5: couché, la main au-dessus des yeux, le bras de Mohammed n’est absolument pas près de son ventre, ce qui serait une réaction instinctive pour quelqu’un touché à l’abdomen ; le père balance sa tête, il est conscient, mais ne fait aucun mouvement vers son fils.

– Scène 6: couché, regardant au loin, Mohammed al-Dura soulève son coude et bouge ses pieds, actions atypiques pour un enfant mort ; le père s’est détourné de l’enfant, ne faisant toujours aucun mouvement vers lui.

Talal est connu pour être un preneur de vues «pallywoodiennes»; le voici, filmé par un autre caméraman, en train de tourner un faux classique de Pallywood.

Ceux qui ont vu ses rushes de cette journée sont tous d’accord pour dire qu’ils sont truffés de séquences mises en scène.

Talal a, paraît-il, rétracté le témoignage qu’il avait déposé devant le PHRC.

Contre:

Il n’existe aucune preuve manifeste contrant ce scénario. Une fois son incrédulité retrouvée et un visionnement de ces séquences avec en tête la possibilité qu’elles résultent d’une mise en scène, on ne découvre pratiquement plus aucune scène qui paraisse véridique (à l’exception de la terreur de l’enfant lorsque de vraies balles palestiniennes filent au-dessus de sa tête.

C’est une théorie conspirationniste: la plupart des gens trouvent si absurde l’idée que les Palestiniens pourraient faire une chose pareille et que les médias occidentaux pourraient en être dupe qu’ils l’écartent d’emblée. Comme le disait un diplomate de premier plan impliqué dans le processus de Camp David, «le Moyen-Orient regorge littéralement de théories conspirationnistes – je ne vais pas croire à l’une d’elles.»

Si c’était une mise en scène, les Israéliens aurait sûrement dit quelque chose. Pourquoi les Israéliens n’ont-ils pas proposé cette conclusion, surtout compte tenu du fait que leur propre enquêteur, Nahum Shahaf, avait soutenu cette version bien avant déjà? Cela les aurait innocentés et aurait jeté un sérieux doute sur la crédibilité de Talal abu Rahma et de l’image des al Dura comme symbole de l’intifada.

Qui soutient cette théorie:

La plupart de ceux optant pour ce scénario sont des gens qui ont étudié de près le matériel disponible, à commencer par le premier enquêteur ;

Nahum Shahaf, médecin israélien, et de nombreuses personnes à qui il a présenté ses preuves

Stephane Juffa, rédacteur en chef de Metula News Agency

Amnon Lord, journaliste israélien (article)

Gérard Huber, psychanalyste et correspondant permanent à Paris de la Metula News Agency (Livre)

Serge Farnel, journaliste français (page web)

Luc Rosenzweig

David Kupelian, directeur général du World Net Daily (article)

Alyssa Lappen, auteure à New York (article)

Nidra Poller, romancière et traductrice américaine (article)

David Gelernter, chroniqueur au LA Times (article)

Note: Tous ceux qui ont vu le matériel disponible ne pensent pas nécessairement qu’il s’agisse d’un montage. C’est particulièrement vrai pour les journalistes de la grande presse, tels James Fallows et Esther Schapira, qui préfèrent s’en tenir à la position minimaliste en affirmant que les Israéliens n’ont certainement pas tué l’enfant.

______________________

[1] NdT: Film dans lequel une personne est réellement tuée devant la caméra.