Je continue à poster mes archives… Cette traduction d’un article de Mark Steyn, datant déjà de décembre dernier, m’a été remis en mémoire récemment par un Charles Berling quasiment hystérique lors d’un passage à la télévision française – thème: les “sans-papiers”. Quand les vedettes s’emmêlent dans les bons sentiment…

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Le racisme est mauvais – l’aveuglement aussi
Par Mark Steyn
Daily Telegraph, 20/12/2005

Qu’est-ce que cette affaire d’émeutes à Sydney? Vous allumez la télévision, y voyez des scènes de guérilla urbaine et vous pensez, « Minute, j’ai déjà vu cette histoire le mois dernier. » Mais non. Le mois dernier, c’étaient des émeutes françaises. Celles-ci sont des émeutes australiennes. Totalement différent. Les émeutes françaises ont été perpétrées par – quel est le mot déjà ? – des « jeunes ». Les émeutes australiennes ont été commises par des « jeunes blancs ». La même classe d’âge, un adjectif en plus.

Et, étant de « jeunes blancs », ils ont ainsi offert « un aperçu des recoins les plus sombres de la société australienne qui fait froid dans le dos », écrivait Nick Squire la semaine dernière, « des milliers de jeunes blancs saccageant une plage bien connue, attaquant des personnes originaires du Moyen-Orient, excités qu’ils étaient par des suprémacistes blancs et des néo-Nazis. »

OK. Des jeunes blancs, encouragés par des suprémacistes blancs. Vous ne pouvez pas faire une omelette raciste sans blancs[1]. Cate Blanchett va dans le même sens que Nick Squire et, sauf le respect de notre collègue des antipodes, elle le fait de manière un peu plus séduisante que lui. Je suis gaga de Melle Blanchett à quasiment chacune de ses prestations cinématographiques, et je serais prêt à lui passer beaucoup de choses…

Vendredi dernier, elle déambulait le long de Dolphin Point, à Coogee Beach, en portant un T-shirt blanc illustré du mot « THINK » (« RÉFLECHISSEZ ») sur la silhouette de l’Australie, et se tenait devant un calicot réclamant qu’une « vague de tolérance » balaye le pays (il faudrait plutôt alors un tsunami de tolérance). Tout en bavant d’admiration comme un adolescent, je sentis mes yeux se lever au ciel. À ce moment, Melle Blanchett se soulagea de cette clairvoyante réflexion : « C’est en fait très clair et très simple. La violence et le racisme sont mauvais. »

Remerciez Dieu que quelqu’un ait eu le courage de le dire, hein ? Mais le problème n’est-il pas, en Australie et ailleurs, que ce n’est pas tout à fait aussi « clair et simple » ?

Prenez la « tolérance », par exemple. En guise de « vague-de-tolérance », l’Australie ressemble depuis des années à la Nouvelle-Orléans au lendemain du passage de Katrina. La culture Blanchett-Squire au sens large a été tolérante jusqu’à l’excès. À Sydney, en 2002, le leader d’un groupe de Libano-Australiens musulmans coupables de viols collectifs a été condamné à 55 ans de réclusion (peine réduite de moitié en appel).

Ces types aimaient à annoncer à l’heureuse élue qu’elle allait être « baisée à la mode libanaise » et qu’elle le méritait puisqu’elle était une « truie australienne ». Le verdict fut sujet à débats. Voici ce qu’écrivit Monroe Reimers dans le Sydney Morning Herald : « Aussi terrible que soit le crime, nous ne devons pas confondre justice et vengeance. D’où vient cette haine ? N’y avons-nous pas contribué ? Il est peut-être temps d’examiner attentivement le racisme par exclusion pratiqué avec tant de force par notre communauté et nos institutions culturelles. »

Après le 11 septembre, une amie habitant Londres me racontait qu’elle ne pouvait supporter tout le blabla sur l’Amérique – qui – devrait – se – demander – ce – qu’elle – a – fait – pour – provoquer – cette – colère car, ayant travaillé dans un centre d’accueil pour femmes violées, elle n’avait que trop souvent entendu la ritournelle de la victime-fautive : le Grand Satan, comme la jolie poupée en top et mini-jupe, l’avait bien cherché. Néanmoins, c’est toujours une surprise que d’entendre les adulateurs de la société multiculturelle appliquer ce raisonnement à des personnes ayant réellement été victimes de viols…

Admettons que nous suivions la suggestion de Reimers et que nous « examinions attentivement le racisme par exclusion ». L’Australian de lundi rapportait : « Les banlieues ouest de Sydney sont restées calmes hier après l’appel à une journée entière de couvre-feu lancé par les leaders de la communauté libanaise. Mohamed Elriche, 19 ans, raconte que ses amis et lui auraient adoré se baigner comme d’ordinaire à Cronulla Beach, mais que leurs parents leur avaient enjoint de rester à la maison. »

« Ses parents, Eddy et Samira, qui vivent en Australie depuis 1972, disent que leurs cinq enfants seront autorisés à retourner à la plage seulement quand ‘le conflit sera résolu et la paix rétablie’ dans le comté de Sutherland. ‘S’il n’y a plus de grabuge, je le laisserai y aller’, affirme en arabe Samira, 42 ans. »

En arabe ? Supposons que Cate Blanchett voit son vœu se réaliser et qu’une marée de tolérance lessive tous ces « sombres recoins de la société australienne », réchauffant l’aperçu glacial que Nick Squire en a eu.

Comment des gens appartenant à une société même la plus impeccablement diversifiée et multiculturelle sont-ils censés accueillir au sein de leur famille si infiniment tolérante une femme qui préfère parler la langue du pays qu’elle a quitté lorsqu’elle avait neuf ans ? Quand on parle de « racisme par exclusion », qui exclut qui ?

Sans aucun doute, il y a des « racistes blancs » au pays des kangourous, mais, comme explication de ce qui se passe, c’est pour ainsi dire singulièrement absurde. Des gens d’extraction moyenne-orientale ont prospéré en Australie. Le gouverneur de Nouvelle-Galles du Sud, Marie Bashir, est libanaise, tout comme son époux, Sir Nicholas Shehadie, et tout comme le premier ministre de l’état de Victoria, Steve Bracks[2]. De même, dans mon propre état du New Hampshire, qui est pourtant l’une des juridictions les moins racialement diversifiées d’Amérique du Nord, la dernière élection sénatoriale a été disputée entre un Républicain, John Sununu, et une Démocrate, Jeanne Shaheen, tous deux issus de familles libanaises.

Tous ces brillants politiciens sont d’origine libanaise chrétienne ; ce qui signifie qu’après une trentaine d’années passées dans leur nouveau pays, ils ne conversent pas avec les journalistes en arabe. Ce n’est pas racial, c’est culturel. Et les cris au « racisme ! » n’ont d’autre but que de rendre inadmissible toute discussion de ce problème culturel. En ce sens, les émeutes qui ont eu lieu sur les plages de Sydney sont une conséquence logique de ce que l’on a vu en France. Quoique ces points soient diamétralement opposés à la surface du globe, on y voit pourtant pas mal de similitudes ; que ce soit dans les rues de Clichy-sous-Bois ou celles de Brighton-les-Sands, les non-musulmanes se font harceler et insulter. La différence est qu’à Oz[3], les « jeunes blancs » ont voulu essayer de prendre une revanche.

De nos jours, lorsqu’un évènement tordu fait l’actualité, il y a de bonnes chances qu’un type nommé Mohammed soit impliqué. Un avion s’écrase dans le World Trade Center ? Mohammed Atta. Un gars armé mitraille le comptoir d’El Al à l’aéroport de Los Angeles ? Hesham Mohamed Hedayet. Un sniper se met à descendre les clients de stations-service autour de Washington DC ? John Allen Muhammad. Un mec tue un réalisateur hollandais en lui tirant dessus et en l’achevant au couteau ? Mohammed Bouyeri. Un terroriste massacre des dizaines de personnes à Bali ? Noordin Mohamed. Un coupable de « tournantes » à Sydney ? Mohammed Skaf.

Peut-être tous ces Mohammeds sont-ils victimes des racistes blancs d’Australie, et d’Amérique, et des Pays-Bas, et de Bali, sans oublier de ceux de l’école primaire de Beslan.

Mais l’empressement que les médias australiens, britanniques, canadiens et européens mettent, semaine après semaine, à attribuer chaque manifestation d’un phénomène apparemment planétaire à des facteurs strictement locaux commence à paraître pathologique. « La violence et le racisme sont mauvais », mais l’aveuglement aussi.

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[1]: dans ce passage, Mark Steyn fait un jeu de mot sur « egg » (voulant aussi dire « pousser, inciter ») et « omelette »

[2]: en Australie, chacun des 6 états a son parlement, son gouverneur (chef de l’exécutif), et son premier ministre (tête du gouvernement). Il y a en outre un gouverneur général et un premier ministre au niveau fédéral.

[3]: Oz, petit nom (abrév.) pour désigner l’Australie