Traduction d’un article récemment publié dans le City Journal; son auteur est l’un de mes chroniqueurs préférés, Theodore Dalrymple. Ce n’est probablement pas son meilleur article, mais il m’a paru important de le traduire – après tout, c’est de mon pays et de la ville dans laquelle je travaille qu’il parle, et ses propos sont tout à fait pertinent.

Pour qui serait intéressé, je signale ce fort bon article de Th. Dalrymple que j’ai traduit l’an dernier et qu’a gentiment hébergé Thémistocle (je n’avais pas encore de blog à l’époque): Quand l’Islam se désagrège…

___________

Les femmes belges sont-elles menacées d’extinction ?

Pour le moment, seulement si elles sont musulmanes…

19 Septembre 2006

En visite à Bruxelles, ville qui parvient d’une certaine façon à combiner la grisaille de la bureaucratie à la vulgarité des pires aspects de la culture populaire moderne, je séjournais dans un hôtel qui propose parmi ses services un accès à la pornographie 24h sur 24 – “respectant” sans doute ainsi à la fois la liberté d’expression et mes droits de l’homme.

Dans ma chambre d’hôtel se trouvait une copie du Golden Book of Belgium [Livre d’Or de la Belgique], édition 2001. Peut-être que les années écoulées depuis 2001 n’ont pas été si dorées que ça. Le Livre d’Or de 2001, cependant, était dédié à la place des femmes en Belgique, comme si elles constituaient une espèce en danger d’extinction, qui pourrait toutefois survivre si on lui prodiguait des soins attentifs, comme le rhinocéros à Sumatra ou le pygargue à queue blanche en Ecosse.

Il y avait, par exemple, un article consacré à la place des femmes dans les forces armées belges. Son illustration – une photo d’une jeune mécanicienne en salopette escaladant un jet – rappelait l’époque de la propagande soviétique, et je me remémorais un dessin publié dans le défunt magazine humoristique, Punch, juste avant les jeux olympiques de Moscou. On y voyait une athlète à l’aspect masculin passer un test : si elle se montrait capable de changer la roue d’un tracteur en moins de 5 minutes, c’est qu’elle était bien une femme.

Assez bizarrement, il y a un aspect important de la place des femmes dans la société belge que le Livre d’Or de la Belgique ne mentionnait pas.

Me promenant dans le centre-ville délabré et plein de détritus, je fus à plusieurs reprises invité par des types – qui acceptent difficilement le refus – à assister à des spectacles érotiques. Des ivrognes dormaient dans l’embrasure des portes, et un très grand nombre de jeunes hommes traînaient avec Dieu sait quelle intention. Il reste vrai que la bière belge est la meilleure (et la plus variée) au monde, mais même cela n’améliore guère le tableau. On a l’impression de se balader dans une illustration de George Grosz [1] réactualisée.

Une très grande proportion des rôdeurs était d’origine marocaine, tous vêtus de l’uniforme international des taudis modernes. Ils semblaient attirés par cet environnement miteux comme des mouches par une carcasse. Je réalisais après un moment que l’on ne voyait pas une seule femme d’origine marocaine. Où étaient-elles, les femmes d’origine marocaine? Quelle était leur place dans la société belge?

Question à laquelle le Livre d’or de la Belgique 2001 ne répondait pas, parce qu’elle ne la posait pas.

La réponse fut évidente au matin, après le levé du soleil. Un grand nombre de femmes d’origine marocaine, habillées de façon non-européenne, emplissait les rues comme si une malédiction nocturne s’était dissipée. On voyait maintenant moins d’hommes d’origine marocaine.

Une des raisons pour lesquelles le Livre d’Or ne posait pas cette question est que les auteurs auraient pu être poursuivi en justice s’ils l’avaient fait. Le premier devoir des intellectuels en Belgique n’est pas de discuter de ce qui est visible, mais bien d’éviter d’en parler. Peut-être que la Belgique est en cela à l’avant-garde de l’Europe, ce qui en fait un choix si approprié de capitale pour l’Europe…

 

________

[1] George Grosz : dessinateur et peintre allemand puis américain, membre important du mouvement dadaïste. Témoin de la première Guerre mondiale, de l’échec de la Révolution en Allemagne puis de la montée du nazisme, ses dessins sont souvent utilisés pour illustrer l’histoire de l’Allemagne entre 1918 et 1933. “Homme dénué d’illusions, il voyait l’humanité comme essentiellement bestiale, et la ville de Berlin comme un cloaque de dépravation et de privations, aux rues peuplées de profiteurs sans scrupules, de prostituées, de gueules cassées, et de tout un assortiment de pervers (…)” (Trewin Copplestone)