Traduction et commentaire d’une dépêche de presse datant d’avril dernier

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Le lexique de l’Union Européenne évite le terme « terrorisme islamique »

Par Mark Trevelyan, 11 avril 2006

BERLIN (Reuters) – l’Union européenne, progressant sur la pointe des pieds dans le champ de mines des sensibilités religieuses et culturelles, passe discrètement en revue la langue employée pour parler des terroristes qui prétendent agir au nom de l’Islam.

Des fonctionnaires de l’union travaillent à ce qu’ils appellent un « lexique » pour les communications publiques concernant le terrorisme et l’Islam, conçu pour bien faire comprendre qu’il n’y a rien dans la religion qui justifie des atrocités comme les attaques du 11 septembre ou les attentats à la bombe de Madrid et de Londres.

Le lexique établirait ainsi des directives pour les fonctionnaires et les politiciens de l’Union Européenne.

« Nous n’utiliserons certainement pas une expression telle que « terrorisme islamique » … Nous parlons plutôt de « terroristes qui invoquent abusivement l’Islam » », affirme un haut fonctionnaire européen à Reuters.

Les autres termes examinés lors de ce passage en revue incluent « islamiste », « fondamentaliste » et « jihad ». Ce dernier, par exemple, est souvent employé par Al Qaïda et quelques autres groupes pour désigner la guerre contre les infidèles, mais, pour la plupart des musulmans il signifie une lutte spirituelle.

Le « jihad signifie quelque chose pour vous et moi, mais il signifie autre chose pour un musulman. Le jihad recouvre un concept parfaitement positif, qui est d’essayer de combattre ses démons intérieurs » (7), a expliqué ce fonctionnaire, parlant sous anonymat car ce travail est interne et ne devrait pas être rendu public. (2)

Le chef anti-terrorisme de l’UE, Gijs de Vries, a indiqué à Reuters que le terrorisme n’était inhérent à aucune religion, et a félicité les musulmans modérés (3) qui s’opposent aux tentatives de détournement de l’Islam.

« Ils sont de plus en plus actifs, en isolant les radicaux qui malmènent l’Islam dans un but politique, et ils méritent l’appui de tous. Et cela implique aussi d’employer un langage choisi (4), qui précise bien que nous parlons d’une frange meurtrière qui abuse d’une religion et n’en est pas représentative. » (5)

L’AFFAIRE DES CARICATURES

Le langage utilisé en Occident pour discuter des musulmans et du terrorisme, et plus particulièrement de l’accusation portée par les critiques de l’Islam, à savoir qu’il s’agit d’une religion intrinsèquement violente, est une question très délicats en Europe.

Les caricatures du prophète Mahomet publiées dans le journal danois, dont l’une le montrait avec une bombe dans son turban, ont provoqué de violentes protestations au début de cette année dans nombre de pays musulmans, où les gens les ont considérées comme blasphématoires. Au moins 50 personnes ont trouvé la mort dans ces émeutes.

Des personnes comme la politicienne hollandaise d’origine musulmane Ayaan Hirsi Ali ont soutenu durant l’affaire des caricatures qu’il existe dans l’Islam un mouvement extrémiste et intolérant qui rejette la liberté d’expression et la démocratie, et que cela mérite d’être dit et critiqué.

Le fonctionnaire de l’UE familier avec l’examen du « lexique » a déclaré que l’idée d’employer un langage circonspect était de « ne pas tomber dans le piège » qui serait d’offenser et d’aliéner des citoyens. (6)

« Vous ne voulez pas utiliser une terminologie qui aggraverait le problème », dit-il. « C’est une tentative… d’être conscient des sensibilités qu’implique l’utilisation d’un certain vocabulaire. »

On s’attend à ce qu’une première mouture du document traitant de la question soit adoptée en juin. « Il doit nous aider à comprendre ce que nous disons et à tâcher d’éviter de faire des erreurs. Il est destiné à guider les institutions et les Etats Membres de l’UE », explique le fonctionnaire.

Omar Faruk, un avocat britannique musulman qui a conseillé le gouvernement sur les questions communautaires, a indiqué qu’il y avait un besoin fort d’une « nouvelle sorte de dialogue et de terminologie politiques ».

Interrogé sur l’expression « terrorisme islamique », il répond : « Ces mots ne peuvent pas siéger côte à côte. L’Islam est en fait résolument contre toute forme de terrorisme… L’Islam signifie en soi la paix. » (7)

L’utilisation très répandue de cette expression « ne fait que créer un climat où le terrorisme est identifié à l’Islam. Cela cause beaucoup de tensions », ajoute Faruk.

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(1) Oui oui, c’est ça…

Il est vrai que le mot « jihad » en lui-même ne signifie que « lutte », et certains ont beau jeu de citer un hadith (qui aurait pu n’être qu’un mot d’esprit de Mahomet ?) comme quoi, s’en revenant de la guerre, il repassait du « petit » jihad (le combat armé) au « grand » jihad (i.e. la vie domestique et la « lutte intérieure »). Et de tenter de montrer que le mot « jihad » est peu précisé par le Coran. Deux problèmes : Un, le hadith en question n’a pas le statut d’authentique, mais de faible (autrement dit, probablement un faux), tandis que nombre d’autres hadiths « sahih » (authentiques) donnent clairement un sens guerrier à ce mot ; et deux, les injonctions guerrières du Coran font également appel à d’autres termes beaucoup moins ambigus !

Mais, quand bien même le « jihad » serait un « concept parfaitement positif », il serait plutôt urgent d’en convaincre les musulmans, ou en tout cas à leurs « érudits », plutôt que nous, victimes potentielles de ce concept soi-disant mal compris…

Prenons par exemple le très écouté et « modéré » Youssef Al Qardaoui, président du Conseil européen de la fatwa et intervenant régulier sur Al Jazeera. On peut notamment lire dans son « le Licite et l’Illicite en Islam » (diffusé à grande échelle en Occident) :

« En Islam, contenter ses parents est si important qu’il n’est pas permis au fils de s’engager pour le jihad sans la permission de ses parents, en dépit du fait que le combat dans le chemin d’Allah (jihad fi sabil Allah) est garant d’un tel mérite dans l’Islam qu’il surpasse le mérite de celui qui passe ses nuits en prière et ses jours à jeûner. »

… Parle-t-il vraiment d’une lutte spirituelle ?

Au chapitre des sports autorisés, il indique :

« Il y a beaucoup de genres de jeux et les sports que le Prophète (la paix soit sur lui) a préconisé aux musulmans comme source de plaisir et de récréation qui, en même temps, les préparent pour le culte et leurs autres obligations. Ces sports, qui nécessitent adresse et détermination et qui impliquent également activité physique et musculation, sont liés aux arts martiaux, entraînant les musulmans pour les champs de bataille du jihad dans la voie d’Allah. »

Quels sont les sports préconisés ? Course, lutte, tir à l’arc, lance du javelot, équitation, chasse : Ce qui permet sans doute de forger un « mental » plus fort pour la lutte spirituelle…

Prenons quelqu’un de plus éloigné de nous et des problématiques actuelles. Prenons le fameux Averroès, célèbre en Occident. Vivant au XII° siècle, il ne peut être suspecté d’extrémisme wahhabite… Et pourtant, que dit-il quant au jihad dans son traité de droit Bidayat al-mudjtahid ?

1ère partie: Les qualifications légales (hukm) de cette activité et les personnes obligées d’y prendre part

Les savants s’accordent à dire que le djihad est un devoir collectif et non personnel. (…) De l’avis de la majorité des savants, la nature obligatoire du djihad est fondée sur [le verset du Coran 2:216] : «Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable.» (…) L’obligation de participer au djihad s’applique aux hommes adultes libres qui disposent des moyens de partir en guerre et qui sont en bonne santé. (…)

2e partie: L’ennemi

Les savants s’accordent sur le fait que tous les polythéistes doivent être combattus. Cela est fondé sur [le verset du Coran 8:39]: «Et combattez-les jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah.» (…)

3e partie: Les dommages pouvant être infligés aux différentes catégories d’ennemis

Les dommages infligés à l’ennemi peuvent consister en atteintes à sa propriété, à sa personne ou à ses libertés individuelles, c’est-à-dire sa mise en esclavage et son appropriation. Conformément au consensus (idjma), cela peut être infligé à tous les polythéistes – hommes, femmes, jeunes et vieux, important et communs. Les opinions ne varient qu’en ce qui concerne les moines. (…).

Ce n’est que le début, il y a plus (à consulter chez ajm), mais avouez que c’est vachement spirituel, comme lutte. Non ??

Bon. Trêve de plaisanterie, mais selon moi, Averroès, Qardaoui ou Ben Laden sont autrement plus crédible lorsqu’ils parlent de jihad que notre officiel anonyme planqué dans un bureau de l’UE.

(2) Va-t-il falloir réclamer une glasnost ? Il n’est pas question ici de matière si dangereuse que le secret défense doive s’appliquer, me semble-t-il, mais de directives quant à la communication.

Je ne suis déjà pas « pour » de telles règles et trouverai beaucoup plus normal que mes représentants / dirigeants puissent s’exprimer comme bon leur semble. Mais qu’en plus ces règles soient matière à secret… : rolleye :

Devrait-on comprendre « on cherche à entuber les citoyens européens, alors autant que cela soit discret » ? J’en ai bien peur.

(3) Des noms ! des noms ! des noms !… Parce que les « musulmans modérés », on les entend surtout se taire (qui ne dis mot consent ? mais aussi, qui ne dit mot à peur d’être traité en apostat…), et on n’en voit guère, au contraire, prendre clairement position contre la violence.

Parle-t-il de l’aide apportée par ceux qui expliquent gentiment que jihad = lutte intérieure ? Mais à qui expliquent-ils ces foutaises ? A ces cloches d’occidentaux et de hauts fonctionnaires européens, bien sûr ! Par contre, face à un imam, en raison notamment de ce qui a été dit plus haut, ils ne font pas le poids. Et ils le savent. D’où nada.

[Note : Pour ceux qui comprennent (bien) l’anglais et qui ont envie de rire un bon coup, je recommande de visionner cette vidéo d’un débat à la téloche irlandaise, où, vers 9’20, une brave idiote de convertie tente d’expliquer que les musulmans d’Irlande ne sont pas d’accord avec le terrorisme, que l’Islam c’est la paix, que l’Islam enjoint aux gens de s’aimer les uns les autres (elle a manifestement confondu Coran et Evangiles), et se voit brutalement interrompue par ses coreligionnaires barbus qui lui demandent comment elle peut dire ça, lui expliquant qu’elle à tout faux, qu’Islam veut dire soumission et non paix, que le prophète Mahomet a livré plus de 20 batailles dans sa vie, prenant otages et exécutant ses ennemis… Lol ; du petit lait ! Vers la fin de l’émission, l’enfoulardée admet elle-même qu’elle n’est pas encore très savante en ce qui concerne le Coran, et le prouve encore une fois… cependant, la qualité de cet enregistrement est parfois si mauvaise que le débat en devient inaudible. Mais soit, c’est un bon exemple de ce qui se passe quand un « musulman modéré » ouvre le bec pour s’opposer au fondamentalisme : les textes sacrés et le beau modèle du prophète ne sont tout simplement pas de son côté ! ]

(4) Pour combattre le fondamentalisme qui menace notre société, muselons sa liberté d’expression, elle pourrait déranger des alliés potentiels qui n’ont pas les mêmes valeurs… Voui, très convaincant comme manière de préserver notre mode de vie et les nôtres, de valeurs!

(5) Même si je suis d’accord d’admettre que le terrorisme « n’est pas représentatif de l’Islam », il n’est reste pas moins que l’emploi de la force, la violence et la terreur est profondément ancré dans cette religion, depuis le « prophète » lui-même, et a été appliqué tout au long de son histoire. Que propose-t-on ici ? De glisser tout ça sous le tapis, de faire comme si cela n’existait pas, d’affirmer que cela n’existe pas. Cette « solution du mensonge » aurait peut-être des chances de fonctionner si nous avions aussi la mainmise sur l’éducation religieuse des musulmans, en Europe et ailleurs. Ce qui n’est pas le cas.

(6) Et oui, la potentielle cinquième colonne déjà en place… Il n’y a pas que les apostats à avoir les chocottes…

(7) Comme nous allons le démontrer par un dernier exemple. Je pourrais parler des conquêtes islamiques (c’est bien sûr uniquement en offrant des loukoums et de l’eau de rose que l’Islam est arrivé jusqu’aux Pyrénées, aux Balkans et Inde). Mais je préfère me référer à l’histoire du prophète, le « beau modèle », et au sort qu’il réserva à la dernière tribu juive de Médine : entre 600 et 800 hommes décapités, leurs femmes et enfants réduits en esclavage.

Le tout fut dûment sanctionné par Allah et son Coran : « Il [Allah] a jeté l’effroi dans leurs coeurs; un groupe d’entre eux vous tuiez, et un groupe vous faisiez prisonniers. Et Il vous a fait hériter leur terre, leurs demeures, leurs biens, et aussi une terre que vous n’aviez point foulée. Et Allah est Omnipotent. » (XXXIII : 26-27). Il y a bien sûr aussi le fameux « verset de l’épée », sourate IX verset 5 : « Tuez les associateurs [polythéistes] où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, alors laissez-leur la voie libre, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »…

Vous savez quoi ?… Je crois qu’Omar nous prend pour des cons !