Autre petite analyse, d’un deuxième extrait du journal parlé déjà mentionné (autant vous dire que je suis partie énervée au boulot ce jour là). Même édition que précédemment, donc, MP3 ici – à 3’40’’ du début (1’35’’)

Démission du gouvernement hollandais ; le premier ministre Jan Peter Balkenende a perdu l’appui d’un de ses alliés, le parti D66, en raison d’un différent avec la ministre de l’intérieur, Roberto Denis ?

– Oui, cette crise politique aux Pays-Bas s’est compliquée, ses subtilités peuvent nous échapper, mais en gros c’est ceci : c’est toujours l’affaire Ayaan Hirsi Ali qui fait des vagues ;

cette députée hollandaise d’origine somalienne avait été menacée du retrait de sa nationalité néerlandaise, accusée d’avoir menti lors de sa demande de statut de réfugiée politique. Rita Verdonk, ministre de l’immigration connue pour ses positions sans nuance dans ce domaine, avait estimé que Ayaan Hirsi ne méritait pas de garder un passeport néerlandais et lui avait retiré le passeport, puis dans un volte-face inattendu le lui avait rendu – un aveu de faiblesse pour son parti. Le parti de Rita Verdonk, le parti libéral auquel appartient Ayaan Hirsi Ali lui avait demandé alors en vain de démissionner. Le parti D66, allié au gouvernement, avait déposé une motion de censure contre elle ; la mention (sic) n’est pas passée, d’où la décision prise par ce parti de quitter ce gouvernement et donc de forcer le premier ministre à présenter sa démission à la reine Béatrix. On considère Rita Verdonk l’héritière de Pim Fortuyn, ce tribun populiste et xénophobe assassiné en 2002, et qui dans un film avait accusé l’Islam d’opprimer les femmes. Le gouvernement avait décidé de faire bloc derrière la ministre, une solution insoutenable. Pour combler le tout, Hirsi Ali, qui avait donné sa démission du parlement et qui avait écrit une lettre disant qu’elle était la coupable de tout ce remue-ménage, a avoué avoir écrit cette lettre sous la contrainte afin de dédouaner Rita Verdonk. Des élections devraient être organisées en novembre ; selon les derniers sondages, les travaillistes deviendraient la première formation politique du pays.

Décodage de cette « explication » de l’affaire…

Oui, cette crise politique aux Pays-Bas s’est compliquée, ses subtilités peuvent nous échapper, mais en gros c’est ceci :

Certaines subtilités de l’affaire ne peuvent en effet qu’échapper à l’auditeur, après l’explication « en gros » de Roberto, comme on va le voir…

C’est toujours l’affaire Ayaan Hirsi Ali qui fait des vagues ; cette députée hollandaise d’origine somalienne avait été menacée du retrait de sa nationalité néerlandaise, accusée d’avoir menti lors de sa demande de statut de réfugiée politique.

Et c’est bien d’ailleurs la seule chose que la RTBF ait jamais trouvé à rapporter sur Ayaan Hirsi Ali depuis plus d’un an et demi : ouh la menteuse… La RTBF – comme une bonne partie de la presse écrite, d’ailleurs – n’a jamais clarifié les choses sur ce point. ‘Jamais dit par exemple qu’Ayaan Hirsi Ali n’avait jamais caché, depuis ses débuts publics, comment elle était arrivée et restée en Hollande – elle fut la première à révéler ses « mensonges » par écrit et en interview. Pas dit non plus que le mensonge principal porte sur une chose aussi grave que son nom de famille (ni expliqué, bien sûr, qu’elle pouvait légitimement avoir peur d’être retrouvée par certains membres de sa famille en fuyant un mariage forcé !…)

Rita Verdonk, ministre de l’immigration connue pour ses positions sans nuance dans ce domaine,

Les pauvres hollandais, ils ont des ministres qui voudraient faire appliquer la loi ! (OK, ‘suis pas vraiment d’accord avec Verdonk sur le cas Ayaan Hirsi Ali, où il me semble qu’elle a fait une bourde, mais je trouve la façon dont elle est présentée un chouïa ridicule. Vite, envoyons-leur un de nos politocards – les hollandais auront bien vite des églises occupées de pôv’sans papiers à traiter avec nuance !

avait estimé que Ayaan Hirsi ne méritait pas de garder un passeport néerlandais et lui avait retiré le passeport, puis dans un volte-face inattendu le lui avait rendu – un aveu de faiblesse pour son parti. Le parti de Rita Verdonk, le parti libéral auquel appartient Ayaan Hirsi Ali lui avait demandé alors en vain de démissionner.

Le « volte-face inattendu » n’a pas été un simple mouvement d’humeur, mais l’effet de motions déposées par les parlementaires demandant de revoir le cas d’Ayaan. Et si les libéraux ont demandé à Rita Verdonk de démissionner, ce n’est aucunement parce qu’elle aurait fait « preuve de faiblesse » en rendant la nationalité hollandaise à Ayaan, mais bien parce que sa position première de l’en priver a déplu (beaucoup y ont vu une tentative de R.V. pour se mettre en avant et éliminer une importante rivale, en vue des élections qui allaient se tenir au sein du parti). Le « journaliste » chercherait-il à faire passer le parti libéral VVD pour un parti ne supportant pas la « faiblesse » ? Ah, j’oubliais, « libéral » c’est un gros mot à la RTBF, à mettre dans le même sac que « facho ».

Le parti D66, allié au gouvernement, avait déposé une motion de censure contre elle ; la mention (sic) n’est pas passée, d’où la décision prise par ce parti de quitter ce gouvernement et donc de forcer le premier ministre à présenter sa démission à la reine Béatrix.

Rien n’est dit quant au « pourquoi » de cette motion, qui semble être l’élément principal puisque c’est cet évènement qui fait l’actualité. Alors voilà : lors du débat parlementaire au cours duquel R. Verdonk et J.P. Balkenende ont du défendre leur position dans cet imbroglio, et alors que tout semblait résolu (Ayaan restait hollandaise etc), ce qui a posé problème, ce fut l’histoire de la lettre qu’on avait demandé à Ayaan Hirsi Ali de rédiger, en y confessant être à l’origine du problème et avoir mal informé la ministre Verdonk – en bref, un document visant à « blanchir » cette dernière. C’est apparemment surtout cela que certains parlementaires ont trouvé un peu gros, et qui les a poussé à agir !

On considère Rita Verdonk l’héritière de Pim Fortuyn, ce tribun populiste et xénophobe

Pouah le vilain! Est-il besoin, au fait, de préciser que Pim Fortuyn n’était aucunement xénophobe, tout au plus « pour » une intégration réelle des immigrants dans la société néerlandaise et donc contre l’immigration musulmane massive de ces dernières années (conjoints que l’on va chercher au pays systématiquement etc…). Il était aussi anti-islam, mais sans doute était-il au courant des joyeusetés que les imams préconisent, aux Pays-Bas même, contre les homosexuels, et n’avait-il pas envie de terminer jeté du haut d’un building… Bon, on aura compris, encore un sale facho selon la RTBF, quoi.

assassiné en 2002,

Après ce qu’il lui a collé sur le paletot, on s’étonne presque de ne pas entendre le journaliste ajouter « bien fait».

et qui dans un film avait accusé l’Islam d’opprimer les femmes.

Euh… là, Roberto, ça devient grave ! ‘Faut arrêter de fumer les dépêches de presse avant de les lire !

Reprenons… le gars qui a accusé l’Islam d’opprimer les femmes dans un film, et qui a terminé assassiné en 2004 (par un charmant musulman, d’ailleurs !), c’est THEO VAN GOGH, PAS PIM FORTUYN !

La femme qui avait écrit le scénario du film, c’est – tiens! – Ayaan Hirsi Ali. Qui a de bonnes raisons de parler de l’oppression de l’Islam, et qui depuis l’assassinat de Théo doit vivre sous haute protection en Hollande – elle a même été emmenée aux USA pendant quelques semaines après l’assassinat, pour mieux assurer sa protection, trop incertaine sur le sol européen!

Le gouvernement avait décidé de faire bloc derrière la ministre, une solution insoutenable.

Euh… je suppose qu’il s’agit d’une référence au refus de la motion de censure ?

Pour combler le tout, Hirsi Ali, qui avait donné sa démission du parlement et qui avait écrit une lettre disant qu’elle était la coupable de tout ce remue-ménage, a avoué avoir écrit cette lettre sous la contrainte afin de dédouaner Rita Verdonk.

La fameuse lettre à l’origine de la motion de censure, dont je parle plus haut. Qu’Ayaan Hirsi Ali a probablement signé histoire de récupérer ses papiers hollandais fissa et d’accélérer ses démarches d’immigration aux USA, où elle espère ne plus avoir à vivre sous protection rapprochée et pouvoir œuvrer plus librement et plus efficacement qu’aux Pays-Bas.

Des élections devraient être organisées en novembre ; selon les derniers sondages, les travaillistes deviendraient la première formation politique du pays.

Ouf, on respire à la Reûteûbeu : enfin, des gens de gauche, des gens fréquentables quoi!