Une nouvelle affaire de “crime d’honneur” en Belgique cette semaine: Sadia Sheikh, une jeune pakistanaise de 20 ans , a été tuée par son frère à Lodelinsart. La jeune fille, “trop occidentale” aux yeux de sa famille, avait fuit celle-ci et refusait le mariage que ses parents voulaient l’obliger à contracter au Pakistan.

Le fil RTLinfo permet de laisser des commentaires sur les dépêche, et, comme dans le cas du meurtre de Jülide Seven, on voit éclore des messages affirmant que “l’islam n’a rien à voir avec ça, c’est un problème culturel”, et que, “d’ailleurs”, “l’islam interdit les mariages forcés”.

Les ignorants ou ces menteurs qui nous bêlent ces mantras politiquement corrects ne s’embarrassent pas d’un petit détail : C’est faux dans la plupart des cas… Je me suis donc proposée de faire une petite synthèse des conditions dans lesquelles un père peut se passer du consentement de sa fille pour la marier – et de celles dans lesquelles une femme peut se passer du consentement de son père (ou tuteur matrimonial).

Le Fiqh, c.-à-d. le droit musulman – se divise, pour le sunnisme, en 4 “écoles” doctrinales principales (malékite, chaféite, hanéfite et hanbalite) qui sont généralement d’accord sur les grandes lignes et divergent sur certains détails d’application. Qu’en est-il du mariage ? Voici un aperçu :

1) Dans le cas d’un individu pré-pubère [1]:

Les quatre écoles reconnaissent au père d’un enfant le droit de le marier sans son consentement. Les écoles divergent quant à accorder ce droit à un tuteur qui ne serait pas le père.

A noter que ce mariage forcé peut toucher un garçon ou une fille. Cependant, si c’est un garçon qui en est victime, il lui sera bien plus aisé de divorcer que dans le cas d’une fille (voir synthèse proposée dans ce document).

2) Dans le cas d’une fille pubère et vierge [2]:

Seul le droit hanafite reconnaît que le consentement de la femme est nécessaire et suffisant pour conclure le mariage.

Les écoles chaféite et malékite permettent à un père d’imposer le mariage à sa fille, même s’il lui est « recommandé » d’obtenir son consentement. L’école hanbalite est partagée à ce sujet – pour certains de ses experts, le consentement de la fille n’est pas requis, pour d’autres bien.

Ces trois écoles considèrent toutefois dans tous les cas que le consentement du wali (tuteur matrimonial, en général le père ou un autre homme musulman de la famille,) est une condition de fond à la conclusion du mariage. C’est donc généralement celui-ci qui choisit l’époux de la demoiselle, en principe en fonction de ses intérêts.

Enfin, concernant le consentement requis de la femme, il est la plupart du temps résumé par l’adage (venant tout droit d’un hadith sahih) : « la fille vierge consent par son silence ». Ainsi, le droit hanéfite considère comme signes de consentement implicite « le fait de sourire, de détourner les yeux, de se couvrir le visage, voire de pleurer doucement »…

3) Dans le cas d’une femme pubère et qui n’est plus vierge (autrement dit, dans le cas d’une femme ayant déjà été mariée), les écoles juridiques sont unanimes : Personne n’a le droit de la forcer à épouser quelqu’un, son consentement doit explicitement être donné. Mais les aspects juridiques de son mariage seront de toute façon réglés par son wali, seul habilité à cela.

 

Pour compléter, et revenir à ce triste fait divers, rappelons que bon nombre de musulmans occidentaux d’origine étrangère se marient « au pays » pour différentes raisons, les principales étant : trouver une épouse aux valeurs « traditionnelles » et donc adéquatement « soumise » à son mari, faire venir cousins ou cousines éloignées dans un « pays de cocagne », et enfin éviter qu’une jeune fille ayant déjà grandit dans un pays de kaffirs ne s’éloigne encore plus de la loi d’Allah – par exemple en épousant un non-musulman et en outrepassant ainsi un interdit coranique.

Comme Jülide à Fléron, Sadia avait donc vraisemblablement « offensé » sa famille (et Allah) – en dérogeant à l’autorité paternelle, en se rapprochant par son mode de vie des « infidèles », et donc en risquant de « perdre sa religion »… L’apostasie est punie de mort par le droit islamique; le frère de Saïda a probablement considéré son geste comme des plus légitimes.

Il est a espérer que Moussadar passe devant la justice dans un avenir proche et que, cette fois, les tribunaux acceptent de se pencher sur la religion et la “culture” de l’accusé. Pour Jülide. Pour Sadia. Et pour tous ceux et celles qui, ici et ailleurs, pourraient bénéficier d’une dénonciation de cette idéologie néfaste.

 

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[1] Le mariage d’enfants est explicitement évoqué dans le coran, puisque celui-ci discute de la « période d’attente » en cas de divorce d’une femme « qui n’aurait pas encore eu ses règles », (sourate 65 verset 4). Il y a aussi bien sûr vu le « bel exemple » du « prophète » et de la petite Aïcha, épousée à 6 ans, « consommée » à 9.

[2] C.-à-d., implicitement, une femme dont c’est le premier mariage, puisqu’une fille qui aurait perdu sa virginité hors-mariage ne serait rien de moins qu’une « fornicatrice », punie selon les cas par flagellation ou, pire, lapidation – excepté bien sûr si elle a pu produire les quatre témoins requis pour attester d’un viol… et en espérant qu’on ne l’oblige pas, comme c’est fréquent en pays islamique, à épouser son violeur pour pallier à la « honte » qu’elle a fait peser sur sa famille… « Religion d’amour et de paix », l’expression serait à mourir de rire si l’idéologie qu’elle recouvre n’était source de tant de souffrances.

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